Une lecture parallèle

INTRODUCTION

La présentation des différents sujets abordés dans le LIVRE BLANC fait l’objet d’un article de ce chapitre qui pose le problème du devenir des bastides, à savoir : un développement « durable ». A la base des propositions pour une politique adaptée au développement des bastides, il y a l’essentiel des raisons d’agir à travers les LIVRES I et II du LIVRE BLANC.

Le premier LIVRE, destiné à mettre l’accent sur les sujets qu’il conviendrait d’analyser, présente les Constats effectués sur le territoire de l’ensemble des bastides retenues. Le second, à la lumière de ces Constats propose des Orientations pour mettre au point des études suffisamment élaborées pour servir à la promotion et au développement souhaité de façon durable par l’ensemble des responsables rencontrés.

Une lecture parallèle est mise en place pour simplifier la compréhension de la démarche de ce LIVRE BLANC, où l’accumulation d’informations pourrait nuire à la clarté de ce discours. Il y a 19 sujets d’analyse proposés en trois Chapitres décrivant les éléments morphologiques d’une bastide, les fonctions traditionnelles d’une agglomération recentrées sur la spécificité « bastide » et les points essentiels portant sur la reconnaissance d’un patrimoine mis en évidence dans notre LIVRE BLANC.

Pour chaque Chapitre considéré, les textes des articles présentent, côte-à-côte, d’une part les Constats, d’autre part les Orientations, quelques illustrations éclairant les sujets abordés.

LA PLACE

CONSTATS

C’EST l’ELEMENT STRUCTURANT DU PLAN. C’EST LA MANIFESTATION D’UNE VOLONTE DE REUSSITE ET DE DEVELOPPEMENT, CAR C’EST LE LIEU DES ECHANGES, C’EST LE LIEU DE LA PRODUCTION INNOVANTE, C’EST UN ESPACE MARCHAND.

Il convient, aujourd’hui, de susciter le besoin ou de répondre à la demande qui existe, de redonner l’importance qui répond aux CAPACITÉS FONCTIONNELLES de cet espace. Si d’autres agglomérations que les bastides peuvent présenter un espace marchand, il n’en reste pas moins que se sont les fondateurs de bastides qui ont implanté LA PLACE à partir de laquelle pouvait se développer le projet urbain.

Cela change le sens de la reconquête de ce lieu, on ne peut accepter de le voir traiter autrement qu’en « lieu majeur » définissant la fonction de cette ville neuve. Trop d’exemples dévalorisants existent, il faut arrêter, maintenant que les conditions peuvent être remplies, afin d’engager une réflexion suivie d’actions cohérentes.

CAR LES BASTIDES PRESENTENT UN ENSEMBLE PRESTIGIEUX DE PLACES DONT UN GRAND NOMBRE EST BORDE DE COUVERTS ET DONT CERTAINES COMPORTENT UNE HALLE.

Ces places sont implantées dans des bastides dont la capacité économique est bridée par les difficultés d’adaptation aux contraintes réglementaires. Il s’agit là d’un problème tout à fait intéressant, car il confronte des exigences qui pourraient paraître contradictoires. Or les dispositions de protection architecturale et urbaine n’ont pas pour objectif de paralyser la vie économique, mais au contraire de la développer dans les règles adéquates. La fonction commerciale exige que le problème soit traité avec la même volonté qu’au moment de la fondation elle-même.

Pour comprendre l’importance des enjeux, il faut simplement noter qu’en AQUITAINE, il y a :
28 BASTIDES avec une PLACE.

Il suffira de citer :

- en Dordogne : BEAUMONT-DU-PÉRIGORD, EYMET, MONPAZIER et VILLEFRANCHE-DU-PÉRIGORD;

- en Gironde : CADILLAC, CRÉON, LIBOURNE, MONSÉGUR, SAINTE-FOY-LA-GRANDE et SAUVETERRE-DE-GUYENNE ;

- dans les Landes : CAZÈRES, GEAUNE, GRENADE-SUR-L’ADOUR, LABASTIDE-D’ARMAGNAC et SAINT-JUSTIN ;

- en Lot-et-Garonne : CASTILLONNÈS, CAUDECOSTE, DAMAZAN, MIRAMONT-DE-GUYENNE,
MONCLAR, MONFLANQUIN, SÉRIGNAC-SUR-GARONNE, VIANNE, VILLENEUVE-SUR-LOT et VILLERÉAL ;

- enfin, dans les Pyrénées-Atlantiques : BRUGES, LA BASTIDE-CLAIRENCE, NAVARRENX et NAY.

Cela peut donner un aperçu du travail à engager pour faire de ces bastides les partenaires du RÉSEAU constitué dans le cadre du projet INTERREG « Villes neuves médiévales du Sud-Ouest européen »,

À CONDITION QU’ELLES SOIENT PRÊTES À METTRE EN PLACE UNE POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT DURABLE.

Il en est de même dans les départements de MIDI-PYRÉNÉES :

on y enregistre 42 BASTIDES avec une PLACE.

On peut énumérer :

- en Ariège : MAZÈRES et MIREPOIX ;

- en Aveyron : SAUVETERRE-DE-ROUERGUE et VILLEFRANCHE-DE-ROUERGUE ;

- en Haute-Garonne : BOULOGNE-SUR-GESSE, CALMONT, CARBONNE, GRENADE-SUR-GARONNE, MONTESQUIEU-VOLVESTRE, MONTRÉJEAU, REVEL, SAINT-LYS, SAINT-SULPICE-SUR-LÈZE ;

- dans le Gers : BARCELONNE-DU-GERS, BASSOUES, CAZAUBON, COLOGNE, FLEURANCE, GIMONT, LANNEPAX, MARCIAC, MIRANDE, MONTRÉAL et PLAISANCE-DU-GERS, SOLOMIAC, VALENCE-SUR-BAÏSE ;

- dans le Lot : BEAUREGARD, BRETENOUX, CAZALS, MONTCABRIER ;

- en Hautes-Pyrénées : RABASTENS-DE-BIGORRE, TOURNAY, TRIE-SUR-BAÏSE ;

- dans le Tarn : BRIATEXTE, LISLE-SUR-TARN, RÉALMONT, VALENCE-D’ALBIGEOIS ;

- en Tarn-et-Garonne : BEAUMONT-DE-LOMAGNE, DUNES, RÉALVILLE, VALENCE-D’AGEN, VERFEIL-SUR-SEYE.

SUR CET ENSEMBLE DE 70 PLACES, ON PEUT IMAGINER LE LEVIER QUE PEUT APPORTER A L’ECONOMIE DE LA REGION, EN S’INSCRIVANT DANS UN PROJET de RÉACTIVATION GLOBAL, L’ETUDE ET LA REALISATION DE L’AMENAGEMENT D’UNE PARTIE DE CE PATRIMOINE.

bastide de Briatexte, la qualité architecturale
Briatexte

ORIENTATIONS

• Sa fonction initiale doit impérativement être restaurée.

• La Place doit être à l’origine d’un renouveau commercial.

• Réactiver le Centre-ville est une urgence qui passe par la reconversion marchande de la place à travers l’étude urbaine fondamentale qui doit être programmée.

• Effectuer une analyse spécifique des îlots formant la place, le coeur de la bastide ; chacun de ces îlots est composé d’immeubles à vocation commerciale d’origine.

- analyse de l’habitabilité de chaque immeuble :

. état sanitaire- qualité du bâti (toiture, façade, cour, escalier) ;

. mode d’occupation des locaux habitables ;

. à qui appartient quoi ?

. diagnostic opérationnel pour une réorganisation des volumes habités.

- analyse des possibilités d’intervention sur les propriétés privées inoccupées

. recherche d’une structure semi-publique réunissant les différents moyens financiers sans séparer les fonctions (habitat/commerces/services).

• Adaptation des places aux normes européennes pour conserver ou acquérir la capacité d’accueil des marchés :
- création d’un LABEL « bastide et marché »

bastide de Eymet, la place
Eymet
bastide de Sainte-Foy-la-Grande, la place
Sainte-Foy-la-Grande
bastide de Villereal, la qualité architecturale
Villereal
bastide de Labastide d'Armagnac, la qualité architecturale
Labastide d'Armagnac
bastide de Mirepoix, la qualité architecturale
Mirepoix
bastide de Cologne, la qualité architecturale
Cologne

LE DEVELOPPEMENT

CONSTATS

Les plans du cadastre dit « napoléonien » font apparaître l’espace aggloméré des bastides dans des conditions assez proches de celles du XIVe siècle, toutes proportions gardées et toutes incidences des catastrophes prises en compte. Il est intéressant de pouvoir reconnaître le noyau urbain avant les extensions du XIXe siècle (les premiers cadastres 1810-1820) pour définir LE PÉRIMÈTRE HISTORIQUE susceptible de faire l’objet d’une étude patrimoniale, ou tout simplement urbaine. De même le cadastre des années 50 renseignera sur les extensions urbaines réalisées depuis, par comparaison avec l’actuel document d’urbanisme. Ces deux constats sont indispensables pour engager la réflexion sur la nécessité D’ÉTENDRE LE TERRITOIRE BÂTI de telle ou telle bastide.

Il est effectivement indispensable de pallier les dégâts d’une politique qui a banalisé le tissu urbain, par une méconnaissance totale de la réalité patrimoniale et de ce qu’elle peut apporter au bien-être de populations leurrées par des discours mercantiles. La question est double : est-il concevable de laisser péricliter un noyau urbain, quel qu’il soit, au bénéfice d’opérations excentrées déstabilisantes pour l’équilibre du cadre de vie ? Est-il indispensable de construire ailleurs ce que l’on peut remettre en état au lieu choisi dès l’origine pour établir l’entité historique ?

Les bastides ne sont pas extensibles SANS PRÉCAUTIONS et cela ne semble pas être obligatoire dans les procédures actuelles d’urbanisme prévisionnel.

Les BASTIDES possèdent un périmètre historique qu’il est obligatoire de matérialiser et de rendre apte à la réhabilitation étudiée mais contemporaine (puisque tous les établissements humains se sont reconstruits sur eux-mêmes, chaque fois selon l’architecture du moment).

Pourquoi ne pas marquer les différentes strates de leur développement, tout en traitant les limites effacées et confuses, et surtout, pourquoi ne paraît-il pas nécessaire de fixer les règles de croissance, applicables autant pour l’habitat que pour les équipements commerciaux, artisanaux ou industriels ? Car tel est le talon d’Achille de la politique des bourgs ou des villages : répondre aux initiatives privées (ou publiques) qui surviennent dans l’urgence et dans la précarité intellectuelle pour sauver la bastide et créer des emplois. Le temps n’est pas si loin où le plan du lotissement (communal ou non) trônait dans le bureau du maire. Il faut de l’aide, il faut du temps, il faut de la réflexion, il faut de la compétence technique.
Là aussi, donc, la nécessité ne se fait pas sentir d’imposer aux BASTIDES une DÉMARCHE GLOBALE, permettant de retrouver, dans l’ordre et la volonté de faire, les particularités reconnues de leur conception initiale. Il faut aujourd’hui que les responsables élus des collectivités territoriales concernés par les BASTIDES, soient dorénavant conscients de leur héritage et des responsabilités que celui-ci leur impose. Ils ont à découvrir que cet héritage est constitué d’une volonté d’organisation de l’espace, d’une répartition égalitaire des richesses, mais aussi d’une volonté d’innovation, de développement économique et culturel, dans le cadre, aujourd’hui, d’un RÉSEAU qui va se constituer.

ORIENTATIONS

Définir les règles d’un DÉVELOPPEMENT DURABLE est une obligation aujourd’hui plus qu’hier compte tenu des incertitudes que l’avenir accumule et de la prise de conscience collective de celles-ci.
La démarche est indispensable à tout édile en charge de responsabilités autant qu’à tout citoyen conscient des devoirs qu’il hérite de sa situation d’habitant de la cité, quelle que soit l’importance de celle-ci.

• De quelle démarche veut-on parler ? Il s’agit vraiment pour nous, au C.E.B., d’une réflexion venue de notre expérience de terrain auprès de bastides autant que d’études menées en d’autres centre-ville. La difficulté de gérer le futur des villes vient pour la plus grande part de la méconnaissance des lieux et donc des conséquences de toute décision.
Le centre de peuplement que constitue n’importe quelle agglomération est un lieu de vie aussi compliqué qu’un individu avec son corps et son esprit. Ce que doit connaître le médecin dès que l’individu le consulte, c’est l’ensemble des données physiologiques à prendre en compte pour détecter ce qui ne fonctionne pas, sans oublier, les antécédents qui apportent des informations complémentaires. C’est ce qu’on appelle le BILAN de santé. Ce bilan, c’est la matière première de l’analyse à laquelle est confronté le praticien pour en déduire ce qu’il convient de faire. Ce bilan, c’est la base même de la démarche de l’urbaniste, partenaire du maire et de son conseil municipal.

Ce bilan, c’est l’ÉTUDE URBAINE, préconisée à tous les responsables de la vie en bastide.

• C’est à partir de cet état des lieux et des réalités économiques et sociales, constatées dans leur réalité quotidienne et dans les prévisions à court et moyen terme de la politique de l’Etat, que doit pouvoir se tenir une véritable réflexion sur la NÉCESSITÉ d’un DÉVELOPPEMENT pour la commune. Le développement n’est cependant pas une FATALITÉ. Croître ou décroître participent de l’histoire jusqu’à fabriquer des ruines ou des ghettos/mégapoles. Le problème doit être posé essentiellement dans le but d’éviter le dépérissement des centres historiques au profit de quartiers banalisés.

• Tout projet de développement justifié et assumé devra prévoir la reconquête des espaces délaissés du centre historique selon un programme cohérent. La nécessité de consommation de nouveaux espaces devra se concrétiser par un projet alternatif de prolongement du système structurant originel ou d’une rupture calculée dans l’organisme spatial

On ne peut pas prévoir l’extension d’une BASTIDE comme celle d’un BOURG autre.

LA QUALITÉ DU PATRIMOINE URBAIN IMPOSE UN VRAI PROJET GLOBAL AU BÉNÉFICE DE SA MISE EN VALEUR.







plan de la bastide de Mazeres plan de la bastide de Sauveterre-de-Rouergue
plan de la bastide de Revel plan de la bastide de Mirande

LA QUALITE URBAINE

CONSTATS

L’analyse des spécificités des agglomérations, que nous avons regroupé ici sous le terme de BASTIDES, permet, au terme d’un certain nombre de constats, de proposer que soit reconnue, comme l’une de leurs caractéristiques communes majeures, UNE QUALITÉ URBAINE AFFIRMÉE. Et ceci tient à ce que c’est leur PLAN qui représente la caractéristique essentielle de ces créations urbaines.

Ce plan, qui découle d’une intervention volontaire répondant à un concept géométrique, est l’aboutissement d’un processus d’évolution où la RÉGULARITÉ l’emporte sur l’ALÉATOIRE.

Devant ces formes urbaines d’un intérêt exceptionnel, les responsables en charge de leur devenir ont le devoir de se comporter, en connaissance de cause, avec respect devant un patrimoine aussi exigeant et fragile, et d’assumer l’ardente obligation de se donner pour priorité leur sauvegarde et leur mise en valeur.

Ces schémas structurants, modèles en quelque sorte d’un urbanisme gothique, se sont développés à la même époque sur diverses parties du territoire de l’Europe occidentale et posent un problème de fond : ils sont représentatifs d’une organisation de l’espace, commune à l’Europe médiévale à son apogée, mais rien ne leur permet d’échapper aux désastres de la méconnaissance. La rigueur, qui est la marque du concept géométrique, impose que l’ordre qui en résulte et fonde à nouveau un urbanisme spécifique, soit RECONNU, PROTÉGÉ, PRIS EN CHARGE

La comparaison entre l’organisation des bastides accomplies et celle des villages et bourgs agglomérés naturellement, permet de comprendre l’intérêt et l’importance historique de ce phénomène parvenu jusqu’à nous. Pour éviter qu’il ne se délite, qu’il perde sa clarté et son originalité, il est urgent de tabler sur la connaissance de cette qualité, de la reconnaissance du modèle de société, qui a tout de même placé le NOMBRE au coeur de la vie sociale, dans la ville elle-même, dans son tracé. Jusque là les monuments,d’abord religieux, puis civils, avaient donné lieu à une recherche des formes, de l’harmonie qui les reliait ; cette pratique intellectuelle permettait de découvrir une réalité, trop souvent virtuelle par méconnaissance. Qu’il n’y ait pas eu de tracés régulateurs systématiques dans les schémas structurants urbains, comme on en découvre de très nombreux dans les schémas structurants architecturaux, tient au caractère sacré des seconds et au besoin d’efficacité primordial des premiers. Mais l’analyse du plan de MONPAZIER, de RABASTENS-DE-BIGORRE, comme celui de SAN GIOVANNI VALDARNO en Italie, ménage en ce domaine des surprises que l’analyse fine d’autres plans confortera certainement.

On le voit, la BASTIDE est, par excellence, exemplaire par sa qualité urbaine. Ceci doit devenir une évidence pour tous, et d’abord pour ses habitants et ses responsables élus.

ORIENTATIONS

Si le PLAN s’avère être l’élément structurant de la BASTIDE, si la structure du plan devient l’IMAGE emblématique de la BASTIDE, il doit être considéré comme prioritaire de la protéger et de la mettre en valeur. Pour en protéger la réalité même, les recherches historiques et archéologiques devront être menées pour définir les différentes phases de son évolution depuis l’origine, connue ou à définir. Cette recherche fait partie de l’apprentissage de la connaissance urbaine qui doit être le moteur des actions entreprises dans ces agglomérations nouvelles, créées volontairement avec un souci d’organisation fondée sur la régularité. Les exemples abondent dans d’autres régions, d’autres pays, où le principe même de cette recherche sur le terrain est intangible (Pologne, Gipuzkoa, [Espagne]…)

• S’il n’est pas nécessaire de procéder à des reconstitutions abusives, il est indispensable d’en prolonger la vision par des documents renforçant ce que la ville exprime tant réellement que virtuellement.
Ces recherches peuvent orienter les choix lors de travaux urbains mettant en cause l’état actuel de la morphologie urbaine.
Mais une chose est incontournable, c’est le respect des structures accordant à la ville cette valeur ajoutée qu’apporte la volonté de son plan opposable à toutes dérives paysagères ou banalisantes. Aucune raison ne peut justifier les mutilations que le XIXe siècle a pratiquées sur les plans de bastides et que le XXe siècle s’est complu à bricoler pour des raisons sécuritaires ou normatives dans le tissu urbain de ces mêmes agglomérations comme dans leurs abords.

• Il est simplement devenu naturel, au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans l’analyse de ces agglomérations médiévales à plan régulier, de considérer comme un préalable à toute initiation, l’identification et le classement du plan de toutes les bastides, villes neuves, représentatives de ce mouvement de création urbaine.
Ceci posé, la réflexion créative peut s’engager.

plan de la bastide de Mazeres plan de la bastide de Sauveterre-de-Rouergue
plan de la bastide de Revel plan de la bastide de Mirande

LES COUVERTS

CONSTATS

Faisant partie intégrante de la PLACE aujourd’hui, les COUVERTS n’ont pas toujours été au rendez-vous de la fondation. En effet, le tracé du plan tenait compte de la création d’un espace public (les rues, les ruelles et les places) destiné à desservir des espaces privatifs organisés à partir d’un parcellaire. Ce parcellaire devait contenir une population dont les activités allaient permettre le développement économique de l’agglomération. Ce développement économique s’est réalisé, la plupart du temps, grâce aux efforts des uns, à la bonne gestion des autres, et surtout à l’esprit d’initiative de beaucoup.

Parmi ces initiatives, prenons tout de suite, très peu de temps après la fondation de la bastide, la demande, issue de riverains de la place Notre-Dame à Villefranche-de-Rouergue, de construire sur l’espace public de la dite place, un passage couvert. Ce passage devait être surmonté, on s’en doute, d’une extension de l’habitation. C’est à la suite de l’autorisation donnée par les CONSULS de la ville à cette demande, que l’ensemble de la PLACE se vit bordée d’un passage abrité, permettant de commercer par tous les temps et de disposer d’espace pour étaler la marchandise au-devant des échoppes riveraines. Chaque propriétaire put ainsi donner à son lot à bâtir, un privilège particulier pour son commerce et une capacité supplémentaire pour son habitat, tout ceci sur la PLACE, centre commercial de la cité. À Villefranche, le sol du couvert resta naturellement du ressort de la collectivité, avec servitude d’usage d’une surface d’exposition de la marchandise, concédée par les consuls et servitude de passage pour le public à respecter par le propriétaire. Chacun s’y retrouvait.

Dans d’autres bastides, les couverts furent construits sur leur parcelle par les propriétaires eux-mêmes, à charge pour eux de respecter une servitude de passage à l’égard du public. Il n’est pas facile, aujourd’hui, de vérifier sur les cadastres la réalité de la propriété initiale. Mais c’est au particulier, propriétaire du fond, d’apporter la preuve de son droit d’utilisation.

Si les COUVERTS ne sont pas un critère d’appartenance à une bastide, ils en sont la manifestation d’une réussite économique certaine. L’analyse de l’ensemble des places de bastides existantes montre que toutes ne disposent pas de cet équipement supplémentaire de façon homogène. Indépendamment de la vétusté conduisant à la ruine de nombreux bâtiments, en dehors des destructions dues aux guerres, aux incendies, aux exactions de tous ordres, de nombreuses bastides présentent, malgré tout, leur place entourée de cette architecture accueillante et commercialement attractive. Que ces couverts soient en pierre, en brique ou en bois, que les façades soient avec linteau ou avec arcade, que ces arcades soient du XIVe, du XVIe, XVIIe, XVIIIe ou XIXe siècle, elles marquent la destination première des bastides, carrefour d’échanges économiques et culturels.

À ce titre, elles participent de la réalité d’un patrimoine d’importance européenne.

bastide de Mirepoix, les couverts
Mirepoix

ORIENTATIONS

Les COUVERTS font partie intégrante des îlots de construction définissant la PLACE. Ils sont l’image de marque de l’agglomération qui reçoit sur sa place entourée de couverts les chalands qui viennent rechercher ce qui les attire au bourg centre.

• Le traitement des couverts doit être compris dans le programme de réorganisation de la place, qui prend en compte la réhabilitation du bâti. Quelle que soit l’origine de propriété de ces couverts, ils sont d’utilisation publique autant que privée. La desserte des commerces ou des logements se fait sous les couverts qui de ce fait appartiennent à la fonction de la place. Les services publics en utilisent le sous sol, la sous face du plancher haut, parfois les murs en élévation pour les réseaux. L’éclairage public pose très souvent des problèmes de droit d’usage et un traitement global de l’intervention est une obligation technique pour qui veut une mise en valeur de qualité de ce patrimoine.

L’ANALYSE URBAINE se doit de prendre en compte, au même titre que la PLACE et L’ÎLOT d’habitation, les COUVERTS qui procèdent des deux fonctions, afin de rendre cohérente et complète l’intervention jugée nécessaire sur la reconversion marchande du coeur de la bastide.

bastide de villereal, les couverts
Villereal
bastide de realmont, les couverts
Réalmont
bastide de Lisle-sur-Tarn, les couverts
Lisle-sur-Tarn



LA CIRCULATION

CONSTATS

C’est la « tarte à la crème » régulièrement envoyée à la tête des élus en campagne électorale ou en réunion de quartier traditionnelle. La circulation des personnes n’en satisfait aucune pour des raisons particulièrement contradictoires et personnalisées à l’extrême (dans le cadre des oppositions de groupes de pression, entre autres). Il s’agit pourtant d’un problème sérieux qui fait intervenir ou non l’acquisition d’un comportement citoyen. Suivant l’importance des villes agressées par l’exaspération des contraintes dangereuses ou ruineuses, suivant leur étendue ou leur population, l’état des choses est variable et les solutions différentes.

Dans le cadre de l’étude sur les BASTIDES, on a montré que celles-ci, en dehors des 5 ou 6 grandes villes, sont pour la plupart des bourgs plus ou moins équipés et des villages plus ou moins isolés, donc avant tout, des agglomérations à vocation rurale. Elles ont à résoudre des problèmes « basiques » avec une population mixte, de CITOYENS ayant fui la VILLE et ses contraintes fortes, et de NATIFS intransigeants sur leur liberté « naturelle » de ruraux… Il faut faire la part des choses et savoir ce qui ressort des besoins de l’homme et ce qui revient au cadre de vie représenté par une structure complexe.

Selon l’importance du transit, des emplois locaux ou des emplois éloignés, des divers équipements et de leur fréquentation, de la présence ou non de zones d’activités, d’artisanat, de petite industrie, selon le poids d’un grand nombre de critères spécifiques et connus, la CIRCULATION est l’affaire de tous et pourtant de la responsabilité d’aucun.

Il y a pourtant une certaine logique, permanente, d’ordre collectif, et d’autres logiques, sectorielles, qui répondent à des besoins temporaires. Il faut une contrainte reconnue et partagée, voire imposée, si l’intérêt public est en cause. C’est le cas des horaires d’occupation de l’espace pour les livraisons, les autorisations pour les déménagements, les travaux, les manifestations… De là aussi la séparation des moyens de locomotion, entre camions (tonnages réglementés), véhicules utilitaires, véhicules légers avec ou sans permis de conduire, motocycles, vélocipèdes, voire planches et patins à roulettes également sans oublier bien sûr les piétons. La sécurité du citoyen et le plaisir de baguenauder du passant sont des priorités absolues dont le respect ne s’obtient que par le pouvoir de police ou le bon vouloir du quidam. Mais par delà ces règles générales qui peuvent s’appliquer à tout ensemble bâti les BASTIDES sont un cas particulier pour lequel le PLAN est un guide puissant, de par sa conformation à tendance géométrique.

Les rues s’organisent orthogonalement, leur largeur ne permet que très rarement la simultanéité du passage du piéton, de la voiture dans les 2 sens et… du stationnement (des 2 côtés !). Il faut souligner que les bastides font rarement plus de 400 à 500 mètres dans leur plus grande dimension, ce qui permet de relativiser les distances à desservir.

bastide de Libourne, la circulation
Libourne
bastide de Libourne, la circulation
Libourne

ORIENTATIONS

Quelques principes sont d’ores et déjà appliqués dans certaines bastides, et devraient être applicables dans la plupart des autres :
- la circulation de transit à travers le centre est interdite ;
- la circulation est en sens unique dans toutes les rues (sauf difficultés notoires) ;
- le centre est réputé « piétonnier » sauf périodes réglementées de circulation ;
- le vélocipède est considéré à l’égal du piéton sous réserve de vitesse limitée ;
- le centre est conçu comme un immense trottoir sur lequel les voitures ne sont autorisées que sous condition de stricte limitation de vitesse (30 km/h).

• Une réflexion spécifique sera menée à partir du constat établi pour chaque bastide (étude urbaine), selon les options retenues pour l’économie et le cadre de vie de l’agglomération. Les mesures préconisées devront tenir compte uniquement des besoins de la collectivité et non de ceux de catégories sectorielles, aussi puissantes et indispensables soient-elles.

• La notion même de BASTIDE entraînant la fonction commerciale comme moteur, les solutions ne devront pas entraver l’évolution de l’attractivité des activités pratiquées au centre historique. Cette attractivité de la bastide consiste, en premier lieu, à assurer la qualité primordiale du cadre de vie de ses habitants. Les solutions ne devront pas faire obstacle aux recherches originales d’adaptation des nécessités contemporaines de confort ni aux impératifs de mise en valeur d’un patrimoine reconnu.

• Loin d’être insoluble, cette dualité doit permettre de mettre en place un FORUM permanent de sensibilisation, d’information, de formation et de recherche entre tous les citoyens en charge de leur devenir en bastide (cf. la charte annexée aux statuts des associations de bastides).

Le C.E.B. doit pourvoir aux moyens méthodologiques et techniques de la concertation volontaire.

bastide de Mirepoix, la circulation
Mirepoix
bastide de Sainte-Foy_la_Grande, la circulation
Sainte Foy la Grande
bastide de Grenade-sur-Garonne, la circulation
Villefranche-de-Rouergue

LA QUALITE ARCHITECTURALE

CONSTATS

La caractéristique essentielle d’une bastide étant la conception de son plan suivant le principe de géométrie, l’architecture qui a rempli le tissu urbain depuis l’origine, a suivi les modes de construction de toutes les époques, jusqu’à nos jours. Selon les périodes fastes de leur histoire, les bastides ont vu fleurir une ARCHITECTURE DE QUALITÉ, comme dans toutes les agglomérations actives.

Les XIIIe et XIVe siècles ont laissé de nombreux exemples d’architecture civile correspondant à la réussite économique de la plupart des bastides accomplies. Que ce soit à l’extérieur des immeubles ou encore très souvent à l’intérieur, les hommes de l’art ont laissé le meilleur de leur production. Celle-ci pourtant a tellement souffert des guerres et des catastrophes que l’on reste admiratif, en dépit de ces destructions, ici comme ailleurs, de la vitalité et de l’imagination qui ont présidé à l’aménagement de la ville dans les moindres détails.

On ne saurait donc assurer la conservation, la mise en valeur et la revitalisation des bastides sans une très active politique de connaissance, de conservation et de restauration de leur patrimoine architectural.

Les inventaires entrepris dans un certain nombre de bastides confirment l’importance de ces enquêtes. Afin de déterminer la valeur ajoutée qu’apporte ce patrimoine architectural, il convient de manifester l’attention nécessaire à sa conservation et à sa mise en valeur.

Depuis quelques temps le souci de connaître pour sauvegarder ou pour orienter les projets d’aménagements urbains en bastide a conduit les responsables du Service Archéologique de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (D.R.A.C.) à répondre à quelques demandes d’urgence dans des cas très précis. Ainsi à MONPAZIER dans le cadre de la procédure d’étude du Secteur Sauvegardé, ont été menées des fouilles au droit des accès de la bastide « fortifiée », pour mettre en valeur les ouvrages accompagnant les portes d’entrée en ville. Ainsi à MONFLANQUIN, dans le cadre de la réalisation du projet d’aménagement de la place, des fouilles ont été menées pour en savoir plus sur l’origine de la fondation. Ainsi a-t-on mis en évidence que le site était déjà habité dès le début de l’âge de fer.

Dans d’autres agglomérations-bastides, sans que cela soit mené de façon cohérente et organisée, des sondages ou des fouilles de sauvetage ont pu être entrepris. Il apparaît dans de nombreux cas que certains problèmes seraient enfin résolus par une réflexion sur la réalité de l’évolution des systèmes urbains faisant l’objet de notre étude. Trop de travaux récents ont été menés sans que les précautions soient prises tant sur le plan de la loi que sur celui des origines supposées de bon nombre de bastides.

bastide de Grenade-sur-Garonne, la qualité architecturale
Grenade sur Garonne
bastide de Montesquieu-Volvestre, la qualité architecturale
Montesquieu-Volvestre
bastide de Labastide d'Armagnac, la qualité architecturale
Labastide d'Armagnac
bastide de Mirepoix, la qualité architecturale
Mirepoix
bastide de Lisle-sur-Tarn, la qualité architecturale
Lisle-sur-Tarn
bastide de Monpazier, la qualité architecturale
Monpazier

ORIENTATIONS

Pour conduire une politique efficace en faveur du patrimoine architectural d’une bastide il convient, comme dans tout autre ensemble urbain historique, de juxtaposer plusieurs actions :

• Acquérir une connaissance très précise de ce patrimoine.

Il s’avère que la plupart des bastides au plan rigoureux possèdent un capital architectural à la mesure de leur passé de lieu d’échanges, capital trop souvent caché, mais très présent dans la vie de tous les jours de leurs habitants.
Les textes, quand ils existent, ne sont pas suffisants pour asseoir une connaissance relative à l’origine et au développement des agglomérations. La part de l’ARCHÉOLOGIE dans l’approche de cette histoire des origines du peuplement prend de plus en plus de place au sein des équipes pluridisciplinaires, en charge de l’histoire des villes et de sa diffusion.
La nécessité de mettre en place un véritable « programme de recherche » en bastide pour analyser les besoins, sérier les problèmes, établir des priorités, répondre à des urgences, se justifie par les conséquences qu’il peut engendrer. Il devient indispensable, aujourd’hui, de justifier des programmes et d’assurer le suivi scientifique des opérations nécessaires au développement durable d’une économie équilibrée dans ce monde rural où se concentrent les bastides.
Trop de travaux ont été lancés sans assumer la pleine et entière connaissance qui pouvait se dégager de ces investissements. Le problème des « places » de bastides ne se résume pas au problème de choix d’espace pour les piétons ou les visiteurs. Les aménagements de « réseaux internes » à ces agglomérations n’ont jamais été conduits avec le souci de tirer le parti qu’il convient de cette déstabilisation de l’état existant. Il ne s’agit pas seulement de récupérer les derniers tessons de céramiques mais bien plutôt de découvrir les changements d’orientation du schéma de structure, les traces d’une histoire antérieure, voire même les fondations de la ville démolie et reconstruite. Beaucoup d’espoirs sont portés par la mise en place d’une véritable politique archéologique pour mieux asseoir les connaissances acquises jusqu’à ce jour et prendre en compte les découvertes exceptionnelles qu’il arrive d’inventer et d’exploiter. L’histoire officielle des bastides est à réécrire. Les recherches universitaires des historiens menées depuis une quinzaine d’années doivent trouver le complément indispensable à leur crédibilité dans le travail de terrain planifié comme il convient dans le cadre d’un « projet d’évaluation ».
La spécificité des bastides et de leur urbanisme volontaire et régulier milite pour que soient couplés entre eux les programmes de travaux de mise en valeur et ceux de recherche archéologique.
Le programme de recherche qu’il convient de mettre en place devient une nécessité en France notamment où, par rapport à d’autres partenaires espagnols, anglais ou polonais riches en villes neuves médiévales, les dispositifs sont en place et montrent leur efficacité.
Cette démarche s’inscrit dans l’esprit de celle qui a trait parallèlement à l’analyse de l’architecture en place. Cette analyse doit porter sur chacune des parcelles bâties. Elle doit en outre permettre d’établir une typologie précise et datée des édifices (fonctions, plans, modes d’implantation…) mais aussi des procédés constructifs (gros oeuvre, toitures, menuiseries, décors...). Ces connaissances sont ind s pour prévoir les interventions nécessaires (restaurations, transformations…) sur le bâti qui soient compatibles avec le maintien du caractère patrimonial de celui-ci.

• Diffuser ces connaissances auprès de la population

Il faut impérativement définir les moyens aptes à sensibiliser et informer les habitants et usagers de la bastide des résultats de ces analyses (publications, expositions, actions de découvertes par les enfants des écoles…).
Si une Z.P.P.A.U.P. est mise en place (voir ci-dessous), ce matériau servira de base à ce document qui le diffusera très efficacement sous forme d’orientations et de prescriptions.

• Protéger ce patrimoine architectural

Les édifices inscrits ou classés monuments historiques sont nombreux dans les bastides, et pourtant trop de réalisations importantes sont aujourd’hui à la merci de la destruction ou de la ruine. De nombreuses HALLES sont encore à protéger, les PLACES elles-mêmes devraient recevoir la protection indispensable à la préservation de l’intégrité de leur conception initiale, de nombreuses FAÇADES auraient besoin d’être répertoriées au titre du patrimoine des bastides. Sans ces mesures, des dégâts sont prévisibles et la sonnette d’alarme ne suffira pas, évidemment, à garantir la sauvegarde et la mise en valeur de ces ensembles, où l’urbain est magnifié par la création réussie du bâti, quand ce n’est pas l’inverse. Ici aussi, dans cette incertitude des lendemains, on est rapidement convaincu de l’intérêt de la mise en place de la procédure des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (Z.P.P.A.U.P.) et des P.L.U. patrimoniaux. L’inventaire des agglomérations candidates à cette action est prêt à être soumis à la discussion, car les élus comme les habitants sont déjà adhérents aux principes de cette démarche, comme ils le sont au sein du CENTRE D’ÉTUDE DES BASTIDES.

• Restaurer ce patrimoine :

La conservation et la restauration des édifices protégés au rang des monuments historiques est encouragée et soutenue financièrement par l’État, les Régions, les Départements.
En revanche la sauvegarde du patrimoine architectural « ordinaire » d’un centre historique, pourtant essentielle, dépend uniquement des habitants eux-mêmes et de leur municipalité.
C’est pourquoi il est nécessaire qu’un véritable projet en ce sens soit établi dans chaque bastide, sur la base du plan d’urbanisme et, si possible, de la Z.P.P.A.U.P. qui devrait accompagner celui-ci. Les moyens financiers aptes à aider les particuliers à engager les travaux nécessaires selon les règles requises peuvent être recherchés, avec l’aide du C.E.B., auprès de différents instances : A.N.A.H. (O.P.A.H. « patrimoines »), aides financières des Régions et des Départements, dans certains cas de l’Europe et de certains fonds, à la commune pour subventionner les particuliers pour les restaurations des façades, la dissimulation des réseaux aériens, les aménagements des espaces publics qui doivent accompagner et encourager l’action des particuliers.

Dans le cadre du RÉSEAU DES BASTIDES, une action devra être conduite pour recenser les artisans compétents pour intervenir sur ce bâti historique et, en liaison avec les Chambres de Métiers, renforcer ou recréer les formations aux savoir-faire traditionnels qui auraient disparu.

Z.P.P.A.U.P. Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager
A.N.A.H. Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat
O.P.A.H. Opération programmée pour l’amélioration de l’habitat

bastide de Nay, la qualité architecturale
Nay

LA HALLE

CONSTATS

Cet équipement fondateur des bastides n’a pas toujours résisté aux intempéries naturelles ou politiques.
Souvent siège du pouvoir des Consuls, toujours symbole des échanges au coeur de la ville, la HALLE est un des éléments, la plupart du temps, consacré par les spécialistes comme Patrimoine d’intérêt architectural et, à ce titre, classé ou inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Il faut dire que les jours de marché, c’est toute l’Histoire qui s’invite sur la PLACE et même, parfois, dans les rues alentour, car le rite est toujours le même et l’ambiance a peu changé. Le bâtiment des halles y est pour quelque chose, car il occupe la place, sans pourtant l’encombrer, et il change complètement les proportions de cet espace. Il n’est que de voir, l’une après l’autre, les places de VILLERÉAL et de MONFLANQUIN ou de CRÉON, pour ressentir la différence ; seule VILLERÉAL a gardé sa halle (et quelle halle !). Voilà pourquoi, dans certains cas, il ne serait pas inutile, voire scandaleux, de construire une halle contemporaine. Le problème reste posé. À MONFLANQUIN comme à VIANNE, la question s’est posée, la proposition a été faite aux élus, et, s’il est trop tard à Monflanquin, on peut y penser encore pour Vianne.

Le fait d’avoir une HALLE sur la PLACE n’est pas rédhibitoire pour étudier et réaliser une « mise aux normes européennes », tel que décrit au chapitre précédent. Le problème reste bien d’offrir aux vendeurs les équipements nécessaires au respect de la qualité et de l’hygiène de leurs produits. On ne peut plus admettre les raisons pour lesquelles on a démoli les halles qui manquent. À MONSÉGUR et à PELLEGRUE, on les a reconstruites, mais ailleurs… ? C’est plus un manque de confiance dans l’avenir qu’un manque de financement…

En Midi-Pyrénées, quelques bastides s’enorgueillissent de halles célèbres, comme à GRENADE-SURGARONNE, REVEL ou SAINT-LYS en Haute-Garonne, COLOGNE, GIMONT, JEGUN, et SOLOMIAC dans le Gers, BEAUMONT-DE-LOMAGNE, VALENCE D’AGEN et VERFEIL-SUR-SEYE, en Tarn-et-Garonne.

En Aquitaine, d’autres halles sont dignes d’intérêt, comme celles de VILLEFRANCHE-DEPÉRIGORD et MONPAZIER en Dordogne, de MONSÉGUR, CADILLAC et PELLEGRUE en Gironde, de VILLERÉAL et DAMAZAN en Lot-et-Garonne, de NAY dans les Pyrénées-Atlantiques.

Le problème peut se poser de savoir si toute halle existante doit être conservée, pour la seule raison symbolique de sa présence. Malheureusement, c’est dans les bastides villages ou les bastides hameaux que la question est soulevée, mais il n’y a personne pour prendre une quelconque décision. La fonction a disparu, il reste un PATRIMOINE en perdition. N’oublions pas qu’en bastide, la HALLE est partie prenante de l’agglomération autant que l’ÉGLISE.

Ce qui paraît indécent, par contre, c’est de transformer les HALLES en aires de stationnement. Quand les conditions techniques le permettent, le dessous des halles comme les couverts, font les frais d’un tel usage. C’est un réflexe de comportement rural qui ne cadre pas bien avec ce désir commun à tous les habitants, ce désir de ne pas voir mourir la bastide. Il faut entretenir cette fierté d’avoir un cadre de vie dont il ne tient qu’à ses habitants qu’il perdure et retrouve un nouveau visage pour que les nouvelles générations se sentent concernées, elles aussi.

bastide de Revel, la halle
Revel
bastide de Grenade, la halle
Grenade

ORIENTATIONS

• Les halles ont été parmi les principales victimes des intempéries et leur démolition a donné souvent le signe du déclin de la bastide. Aujourd’hui, compte tenu de la volonté de restaurer la fonction commerciale des principales agglomérations représentatives du modèle accompli « bastide », cet équipement incarne à lui seul la fonction, ce qui justifie la réflexion nécessaire à sa sauvegarde, à son classement, à sa mise en valeur, à sa restauration, voire à sa reconstruction. Cette dernière solution a permis au XIXe siècle de pérenniser le rôle commercial de bourgs encore entreprenants, comme MONSÉGUR (Gironde) ou REVEL (Haute-Garonne).

• L’inventaire des halles a déjà été entrepris, il convient de le diffuser et d’engager le dialogue avec les élus pour procéder au bien fondé de leur inscription à l’Inventaire supplémentaires des Monuments Historiques au cas où leur valeur architecturale n’aurait pas fait l’objet d’un dossier.

• La réactivation commerciale du centre-ville comprend les espaces majeurs de l’agglomération, à savoir la Place, les Couverts et la HALLE (quand elle existe !). Selon les dimensions respectives de la Bastide et de sa Place, le programme s’efforcera de présenter les éléments propices à l’élaboration d’un projet attractif et ambitieux. Il sera nécessaire d’envisager la reprise et l’incorporation des travaux engagés dans le cadre des procédures choisies pour répondre à d’autres opportunités (coeur de village, réhabilitation Monuments Historiques…). Il importera de surseoir à tout projet de démolition, pour réfléchir.

• Le choix de l’éventuelle nouvelle fonction attribuée à la halle devra répondre au souci d’accompagnement des activités commerciales (cf. implantation de RADIO 4 à VILLERÉAL(Lot-et-Garonne), des activités de l’Office de Tourisme à REVEL (Haute-Garonne) …).

• Il n’est pas interdit d’envisager la construction a novo d’une halle si les conditions économiques, sociologiques et fonctionnelles le permettent (voir CASTELFRANC (Lot)) et d’encourager les dispositions architecturales contemporaines, à l’instar de celles du XIXe siècle (MONSÉGUR, PELLEGRUE(Gironde)…)

bastide de Villereal, la halle
Villereal
bastide de Montesquieu-Volvestre, la halle
Montesquieu-Volvestre
bastide de Beaumont de Lomagne, la halle
Beaumont de Lomagne



LE STATIONNEMENT

CONSTATS

Résoudre éventuellement les problèmes de circulation ne répond pas nécessairement à toutes les attentes des usagers de la bastide ! Ceux-ci ont également besoin de faire stationner leur véhicule soit temporairement, soit pour un temps plus ou moins long : la voiture des riverains, celle des commerçants sédentaires, des artisans entre le travail et le chantier, des livreurs de toutes sortes de produits, des visiteurs ou touristes, les modalités de location et de durée du stationnement de chaque véhicule répondant aux motivations de son chauffeur.

Il faut donc trouver où et comment stationner dans chaque bastide, et peu de solutions donnent satisfaction : il suffit de se promener ou de bavarder avec les citoyens et leurs élus pour établir un constat attristant et partagé !

bastide de Lisle-sur-Tarn, le stationnement
Lisle-sur-Tarn
bastide de Monpazier, le stationnement
Monpazier
bastide de Bretenoux, le stationnement
Bretenoux
bastide de Eymet, le stationnement
Eymet

ORIENTATIONS

Dans de nombreux autres pays, les centres historiques, y compris dans des villes très importantes, sont le plus souvent entièrement piétonniers. Le stationnement se fait ailleurs. En Italie, en Espagne, en Suisse, au Portugal et ailleurs encore, dans des pays où le tourisme est une valeur reconnue, parce qu’elle rend la vie des habitants du centre plus confortable, nous venons, nous Français, chercher le charme de ces lieux sans voitures !

• C’est dans cette perspective qu’il faut tendre, selon l’importance des bastides, à rendre le périmètre central interdit de stationnement, pendant la journée tout au moins.

• Les solutions existent mais sont chaque fois originales. Rappelons en effet que chaque BASTIDE comporte sa propre morphologie de détail. Les abords immédiats de l’agglomération - centre offrent la plupart du temps des opportunités d’aménagement. L’étude urbaine permettra de les identifier et d’en définir la fonction réelle ou potentielle.
Ainsi peuvent être reconnus des sites multiples, de petite taille de préférence, sur la voie extérieure de l’agglomération, qui peuvent être ouverts au stationnement de longue durée (dans la même journée) en même temps qu’au stationnement nocturne des personnes travaillant à l’extérieur. Ceci pour éviter la recherche de places libres en zones interdites.

• La concertation devra se mettre rapidement en place pour que les solutions préconisées ailleurs et appréciées de tous soient enfin adoptées dans chaque bastide avant que les choses ne se gâtent de façon irréversible à cause d’aménagements invraisemblables et coûteux ! Car tout le monde est conscient que les garages en centre historique ne sont pas acceptables lorsque l’architecture ne s’y prête pas. On ne peut pas condamner les rez-de-chaussée d’immeubles avec des aménagements massacrant les ouvertures anciennes pour les adapter sauvagement à leur nouvelle fonction de porte de garage. En outre, de nombreuses rues ne permettent pas les manoeuvres d’accès au stationnement couvert. L’investissement nécessaire à la construction de garages hors du centre devient parfois une nécessité souvent moins coûteuse que les transformations évoquées ci-dessus ; il ne faut pour cela qu’un peu d’imagination.

• Si l’arrêt en centre ville est une nécessité tolérable si elle est réglementée, le stationnement permanent de jour est une aberration dans les rues et sur la PLACE. C’est au prix de sa suppression que le plaisir de vivre, autant que celui de flâner, redonnera aux bastides l’attractivité et la vie qu’elles n’auraient pas dû perdre. C’est un débat public et renouvelé qui doit s’instaurer le plus tôt possible. C’est la méthode à encourager pour obtenir le LABEL qu’il faudra bien instaurer pour les bastides ayant signé une CHARTE DE BON VOISINAGE, assurant l’équilibre entre les différentes composantes de la société locale.

bastide de Labastide d'Armagnac, le stationnement
Labastide d'Armagnac
bastide de Villeneuve-sur-Lot, le stationnement
Villeneuve-sur-Lot

LE TOURISME

CONSTATS

L’un des chantiers à ouvrir sans tarder, concerne la connaissance des BASTIDES, comme LIEU DE VIE PRIVILÉGIÉ et non comme OBJET de curiosité rapide au long de circuits aussi divers que pittoresques. On sait, maintenant, que le tourisme ne crée pas de richesses là où il sévit. La caravane passe, les papiers gras restent. Les efforts entrepris par la puissance publique pour implanter des équipements d’accueil n’ont pas donné les fruits escomptés. L’initiative privée n’a pas été mobilisée. Le coup par coup et les relations des élus locaux sont les recettes de quelques rares opérations. Les solutions mises en place dans le monde rural ont contribué à éviter le pire, mais elles ne correspondent pas au problème que posent les BASTIDES. La dynamique à créer doit s’appuyer sur un PROGRAMME définissant réellement le sujet à traiter, elle doit trouver un territoire sur lequel peut se constituer un réseau à l’échelle d’une clientèle à mobiliser.

Toutes les bastides recensées ne rentrent pas dans cette problématique de l’accueil en bastide.
L’équipement hôtelier en bastide est quasi inexistant (on peut le prouver, chiffres en main, pour convaincre du néant sidéral) et les investisseurs ne sont intéressés que par le court terme ou par la clientèle de V.R.P. (chaînes hôtelières de proximité).

En 1983, peu après sa fondation, le C.E.B. entreprenait un inventaire sur l’ensemble des équipements de tourisme et notamment sur la gastronomie en bastide. Des cartes ont été établies, mais le problème ne se posait pas, en ce temps là, en terme de TOURISME DE MASSE. Le problème existe-t-il vraiment aujourd’hui dans les bastides ? Est-on prêt réellement à monter des CIRCUITS (comprenant des bastides) avec des TOURS-OPÉRATORS ? Est-ce d’ailleurs une bonne question ?

Le C.E.B. s’est occupé, à l’échelle de groupes de 15 à 20 personnes, de monter pendant 10 ans des circuits-bastides avec le réseau des bastides adhérentes. On s’est aperçu du fossé existant entre l’accueil des bénévoles et celui des professionnels. Car il y a peu de professionnels du tourisme sur la ROUTE des BASTIDES !

Et, ce qui n’arrange rien, l’information sur les bastides ne colle plus à la réalité : les documents continuent à être établis à partir des mêmes compilations qu’en 1983. Pourtant, depuis, les recherches ont emprunté de nouveaux chemins, grâce à de nouvelles sources et à de sérieuses remises en cause d’a priori mal fondés. Le C.E.B. s’en fait l’écho depuis de nombreuses années, sans se faire suffisamment connaître. L’heure est peut-être venue de partager ces connaissances avec ceux qui en ont besoin pour rester crédibles. C’est le rôle que s’est donné le Centre d’Étude des Bastides. Il reste à trouver les interlocuteurs en charge d’informer un public toujours plus exigeant et cultivé ou tout simplement un public en attente de savoir. Autant lui transmettre ce que savent les universitaires épris d’histoire du Moyen Âge et lui traduire dans le langage qui convient.
A condition de savoir convaincre les professionnels en charge du tourisme de tenir le même discours historique sur les bastides, sur leur apparition dans un milieu pré-existant à connaître et sur leur valeur patrimoniale reconnue sur l’ensemble du territoire du Grand Sud-Ouest. Ouvrir le champ de la connaissance aux réalisations régionales et européennes en facilitant la mise en place des réseaux des Bastides Villes Neuves du Moyen Âge.

bastide de Mirepoix, le tourisme
Mirepoix
bastide de Marciac, le tourisme
Marciac

ORIENTATIONS

Il y a donc un problème de TOURISME EN BASTIDE, et ce n’est pas un problème de PRODUIT ! Les ASSOCIATIONS de BASTIDES ont signé une CHARTE, annexée aux statuts, dans laquelle elles s’engagent à mettre en place les dispositions nécessaires à l’amélioration de l’accueil en bastide. Il faut les aider à honorer leur signature. On doit donc rester optimiste, par principe, par respect pour les BASTIDES qui méritent mieux que l’indifférence hautaine dont elles souffrent encore.

• On est en ATTENTE d’une étude toute simple, permettant de situer la QUALITÉ de ce dont il est question (les bastides, qu’est-ce que c’est ?) et la SITUATION RÉELLE de ce dont on voudrait parler avec sérénité (un patrimoine européen !). Une sorte de BILAN préparatoire, de prise en considération du cadre de vie particulier à ces 500.000 citoyens. Il faut faire un certain effort pour apprendre à connaître autrement les bastides et travailler sur ce Réseau Européen en formation. Il n’y a pas que la négligence qui freine tout développement durable. Il y a une méconnaissance atavique de la part du milieu en charge de l’organisation du tourisme. Devant la dispersion de ce patrimoine sur le territoire national, on constate le peu de poids d’un problème régional et la faiblesse d’identités isolées, sans appuis et sans idées autres que celles des voisins. Les financements eux-mêmes n’ont pas comptabilisé le phénomène « bastide ».

• Puisqu’elles sont regroupées en associations, les bastides doivent analyser leurs problèmes à l’échelle de la fédération qui se créera devant les premiers résultats positifs. L’addition des atouts qu’elles détiennent n’est connue de personne, le temps est peut-être venu de créer les outils permettant d’honorer ce patrimoine en le rendant attractif. Ce n’est pas un problème de privilèges à résoudre, c’est un phénomène à lui tout seul, car l’existence d’un nombre si considérable d’entités patrimoniales, implantées sur un territoire regroupant 14 départements appartenant à trois régions, avec une histoire commune, ne peut pas rester occultée ou réduite à une curiosité locale. Il faut partager cette nouvelle approche des bastides.

• Car, non seulement ce phénomène se constate dans nos trois Régions de Programme (Aquitaine, Midi- Pyrénées, Languedoc-Roussillon), mais bientôt, dans les Régions ou Provinces Espagnoles et Portugaises, partenaires de notre Projet Européen « VILLES NEUVES D’EUROPE DU MOYEN ÂGE », nous pourrons prendre connaissance de l’ampleur du phénomène de fondation de ces agglomérations du Moyen Âge, et, bien évidemment le faire savoir. Nous voilà donc en présence d’un VRAI PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT ET D’ÉCHANGES TOURISTIQUES.

L’existence de ce qui est un véritable phénomène est en droit de trouver sa place, toute sa place, dans le concert des valeurs culturelles, MIEUX CONNUES ET MIEUX EXPLOITÉES.

bastide de Briatexte, le tourisme
Briatexte
bastide de Masseube, le tourisme
Masseube

LA RUE

CONSTATS

C’est le SYMBOLE de la ville, en général. La ROUTE qui relie villes et villages devient RUE lorsqu’elle franchit les limites qui séparent la cité de la campagne, et la rue définit, à elle seule, la fonction agglomération. La morphologie de ces ensembles ainsi constitués se lit à travers le schéma des rues, leur assemblage et leur attribution.

Le PLAN d’une bastide accomplie est constitué d’un réseau de RUES, selon une prédominance GÉOMÉTRIQUE, qui permet de découvrir la volonté d’organisation de l’espace habité qui le caractérise. Préserver la mémoire de cette symbolique entraîne l’analyse raisonnée des voies de transit et des voies de desserte, comme il convient de redécouvrir la fonction charretière et la fonction piétonne, mixte ou non.

Selon le principe métrique retenu (on dirait plutôt l’usage des unités de mesure locale), l’organisation de l’espace est rythmée par les RUES qui définissent, en fonction de la dimension de base du parcellaire, les ÎLOTS (ou moulons) à bâtir. Chaque îlot est bordé de 4 rues, dont souvent 2 sont charretières et 2, plus étroites, à dominante piétonne. La largeur prévue de ces voies est adéquate à leur fonction, la largeur variant de 5 à 6 mètres dans le cas de rue principale, ou de 2 à 3 mètres dans le cas de rue secondaire. C’est cette largeur qui définit la capacité de la voie à supporter un trafic particulier.

Aujourd’hui, le schéma reste le même, bien que le trafic soit devenu particulièrement encombrant dans la pratique urbaine, quelle que soit l’importance de la bastide. Cet encombrement peut être physique (volumes importants pour des fonctions contradictoires, voies à 2 sens de circulation automobile avec stationnement bilatéral ou unilatéral et piétons…) ou psychologique (volumes étrangers aux utilisateurs locaux des immeubles et services, volumes bruyants, dangereux, polluants).

De nombreuses bastides restent encore traversées par des voies de circulation départementales ou communales. Ce sont souvent des structures à UN axe sur lequel elles ont été implantées par principe, les voies étant utiles aux échanges et au transport. Des aménagements d’accès ont été parfois commis sans bien se rendre compte que les dispositions du plan auraient justifié d’autres solutions plus valorisantes.

Cet aspect de l’adaptation des mesures de sécurité devra faire l’objet de mises au point, dès lors que sera pris en compte l’aspect spécifique des « Unités Bastides ».

bastide de Hastingues, la rue
Hastingues
 bastide de Grenade-sur-Garonne, la rue
Grenade-sur-Garonne

ORIENTATIONS

• Selon la population ou la fréquentation de la bastide, selon les activités existantes ou non, les fonctions attribuées aux rues ayant généré le schéma de la fondation initiale seront différentes. Le premier principe à retenir est celui qui privilégie matériellement la protection du piéton sur l’ensemble du Centre Historique (le périmètre de la bastide). Celui-ci sera établi sur un plateau piétonnier à circulation de véhicule autorisée (30 km/h).

• La circulation devra répondre aux besoins actuels et prévisibles, en privilégiant le sens unique. Une étude de circulation sera demandée, si nécessaire, pour constater l’état de la situation actuelle. Les corrections à apporter, compte tenu des options de base nécessaires, feront l’objet d’un débat public en plusieurs phases (information technique, options existantes ailleurs, propositions et variantes, étude en cours, conséquences à débattre, mises à l’essai consensuelle) [cf. § Circulation ].

• Selon les largeurs des voies, une fois déduit le passage nécessaire aux piétons, le reste devra répondre aux critères retenus : circulation lente et facilitée pour les véhicules légers, livraisons selon saisons et horaires (poids lourds réglementés, dimensions et poids), stationnement autorisé au centre ou évacué autour, aménagements ponctuels de stationnements réglementés ou aménagements concentrés de stationnements libres.

• Le problème des garages individuels (pour les maisons unifamiliales ou pour les immeubles d’appartements) doit prendre en compte la situation existante (risquant d’être modifiée si nécessaire), la qualité de l’architecture ne pouvant pas comporter de nouveaux accès « hors norme ». L’accès aux garages intégrés aux immeubles en bastide pose trop de problèmes ingérables (rayons de giration, sécurité, surfaces au sol à neutraliser), pour être autorisée.

• Les bastides étant majoritairement des bourgs ruraux, leur système d’organisation géométrique s’impose aux nouvelles générations (rues orthogonales, largeurs réduites, ...). La structure originale et l’attractivité renouvelée par la revitalisation commerciale doivent compter dans le choix du cadre de vie. La mise en valeur des espaces à vivre impose un style contemporain, économique et respectueux du cadre existant. Les revêtements de sol doivent cesser d’être dispendieux inutilement. Les réseaux devront être enterrés systématiquement, que ce soit les réseaux d’eau, d’assainissement, de gaz, d’électricité, de courants faibles voire de chauffage). Les fondations des voies seront calculées pour des surcharges répondant aux programmes établis pour chacune d’elles.

• Il importe de cesser l’application de solutions déraisonnables en bastide consistant à vouloir dissuader l’utilisateur de véhicules à moteur de conduire à une vitesse supérieure à celle autorisée. Les aménagements de pistes slalomantes, les gendarmes couchés, les innombrables tiges ou bornes métalliques sont la preuve déplorable d’un manque total de réflexion adaptée et d’imagination (emploi de recettes importées). On peut respecter la régularité d’un plan sans lui imposer des structures étrangères à sa nature volontariste.

bastide de La Bastide Clairence, la rue
La Bastide Clairence
bastide de Mazeres, la rue
Mazères


LE COMMERCE

CONSTATS

La fonction première d’une bastide étant de créer ou de faciliter les échanges, on pourrait imaginer que cette fonction a toutes les chances de perdurer. Malheureusement la situation du commerce de proximité n’a pas épargné les bastides et la fatalité semble incontournable. Selon l’importance des agglomérations qui nous intéressent, la situation se présente différemment, mais bien évidemment comme partout ailleurs. L’initiative privée est seule à prendre des risques et l’organisation des zones de chalandise est bien maîtrisée par la grande distribution.

Pourtant, mais c’est relativement rare, la cohabitation se fait bien entre les commerçants indépendants et les franchisés responsables de petites surfaces de proximité. Cela se passe dans les agglomérations de plus de 2 000 habitants, ce qui laisse incertain le sort des innombrables bastides de population inférieure

Les études de dénombrement des commerces, dans de nombreuses bastides, laissent apparaître la lente disparition du commerce familial et sédentaire. La fonction même de la BASTIDE disparaît, ce qui est beaucoup plus grave et angoissant pour les populations fixées depuis longtemps ou attirées par ce caractère éminent de la tradition de ces villes neuves. Rares sont les agglomérations qui ont pu retourner la situation, on peut citer SAUVETERRE-DE-ROUERGUE (Aveyron), moins de 1 000 habitants, mais c’est le fait d’un état d’esprit particulièrement volontaire et actif.

La conséquence la plus grave apparaît dans la fermeture et l’abandon des immeubles à vocation commerciale dans leurs structures qui marquent une rapide dégradation générale de l’ensemble de la bastide.
Ceci est naturellement accentué par l’emplacement privilégié de ces immeubles dans l’agglomération.

bastide de Revel, le commerce
Revel
bastide de Marciac, le commerce
Marciac

ORIENTATIONS

Il a été dit que la raison d’être des BASTIDES, le commerce, est un sujet d’inquiétude permanent. Après avoir affirmé que la PLACE est le coeur de la Cité, il convient de se préoccuper de la présence du COMMERCE qui est normalement appelé à occuper les locaux desservis par l’espace central.

• C’est le point fort d’une politique globale traitant de la réanimation des bastides. Ce doit être le point fort d’une politique. La difficulté de départ réside dans l’inexistence d’un corps constitué représentatif d’une profession mal définie et qui s’en contente. L’esprit indépendant du commerçant traditionnel ne permet pas de recruter des prétendants à l’occupation de locaux libres et réhabilités pour l’installation et la pratique d’un commerce quelconque ; inversement, quand il s’agit de satisfaire une demande particulière, spécialisée ou non, il n’y a pas d’offre.

• Pour mettre en place une politique assurée de déboucher positivement sur un changement de mentalité, il faut donc mobiliser les responsables élus et engager le RÉSEAU DES BASTIDES dans une réflexion avec les instances régionales, tant politiques qu’administratives, portant sur les objectifs suivants :
- la récupération de locaux inoccupés, non remis sur le marché du logement locatif, à travers les procédures instaurées à cet effet,
- la remise en état desdits locaux, la recherche de clients potentiels à l’exercice d’un métier de commerce ou d’artisanat,
- l’assurance des aides nécessaires au démarrage et à l’insertion locale,
- les exemptions de charges inhérentes à la location, à la patente, aux impôts et taxes…

Cet ensemble d’actions ne peut être que le résultat d’un partenariat ouvert, assurant des propositions concrètes et des assurances financières.

• C’est à cette condition qu’il deviendra un OBJECTIF, puis un PROJET, enfin un NOUVEAU DÉPART ou du moins le renforcement d’une situation en devenir incertain. C’est une politique de petits pas, de couture d’un tissu social fragile, mais volontaire.

Une telle politique est à la portée d’un regroupement des forces qui ne peuvent que rester stériles tant qu’elles sont éparses, d’une Fédération d’Associations de BASTIDES, partenaires du CENTRE d’ÉTUDE des BASTIDES, en coopération avec la RÉGION AQUITAINE comme avec la RÉGION MIDI-PYRÉNÉES, responsables d’un engagement profitable à tous.

bastide de Lisle-sur-Tarn, le commerce
Lisle-sur-Tarn
bastide de Réalmont, le commerce
Réalmont

LA COMMUNICATION

CONSTATS

C’EST CE QUI MANQUE LE PLUS DANS LA MISE EN PLACE D’UNE POLITIQUE DES BASTIDES : la communication. C’est à ce prix que la connaissance, la reconnaissance de leur valeur, la volonté de les faire découvrir et les moyens d’agir pour les sortir de l’anonymat permettront à ceux qui en décideront, de réparer un oubli pour ne pas dire une injustice à l’égard des bastides.

C’est à un véritable programme qu’il convient de réfléchir, à la mise en place d’une stratégie permettant de définir LES publics auxquels s’adresser pour informer et séduire, pour partager une connaissance et convaincre d’un enjeu mobilisateur. Les medias existent mais sont mal exploités ou mal diffusés.
Les rencontres ne sont pas programmées selon une hiérarchie ascendante correcte. Les responsables administratifs, politiques, les services en charge du patrimoine, de la culture, du tourisme, du développement économique, ne sont pas l’objet d’attentions suffisamment étoffées pour avoir quelque chance, pour ce qui nous concerne, d’être entendus, compris et convaincants. De plus, tous ces partenaires ne sont pas fédérés autour d’une réflexion qui concerne le GRAND SUD-OUEST.

Et pourtant, les moyens existent, les nôtres, bien que très insuffisants. La diffusion des bulletins trimestriels « Info bastide » se fait sur une échelle qui peut être développée, maintenant que les textes sur la recherche sont édités en 3 langues (anglais, espagnol, français). Les brochures « les Cahiers du C.E.B. » sont programmées également en 3 langues, au moins pour l’essentiel. La Base de Données est refondue en fonction des dernières mises au point établies avec l’Université et sera enrichie des travaux de nos partenaires espagnols et portugais. L’ATLAS des Villes Neuves va commencer ses premières livraisons au 1er semestre 2007, pour les 3 pays participants. Une EXPOSITION composée à partir des recherches de chaque partenaire sera inaugurée, pour son premier module en fin d’année 2007.

Il faudra donc développer ce premier effort, en le confortant tout d’abord, ensuite, en élargissant vers des publics plus éclectiques, en recherchant un partenariat financier, afin d’assurer un suivi et une qualité dans l’édition de l’ensemble des opuscules nécessaires à une bonne connaissance des bastides. Les Bastides ont la volonté de s’engager dans une politique de communication, à la fois culturelle, économique et touristique. Nous devons leur donner la matière à diffuser, mais il faut trouver les moyens de cette diffusion. Ce n’est pas en travaillant chacun de son côté que le résultat sera suffisant, acceptable et attractif, c’est à travers une organisation simple mais respectée que le message sera audible, intéressant et recherché.

ORIENTATIONS

Le constat de carence mis en évidence au Livre 2 de ce document impose la mise en place d’une stratégie de partenariat avec le mouvement associatif et les services en charge du développement touristique, sans oublier les organismes impliqués à plus d’un titre dans les retombées culturelles et surtout économiques.

• Le C.E.B. s’est donné pour mission statutaire de développer la connaissance des bastides, villes neuves médiévales auprès de tous les publics. L’implication des universitaires dans cet objectif majeur permet de revendiquer la qualité, la pertinence des moyens à mettre en oeuvre et la reconnaissance d’un rôle de PILOTE sur le plan des actions envisagées.

• L’ensemble des acteurs mobilisés pour un développement touristique ciblant le phénomène bastide devrait pouvoir trouver auprès des instances du C.E.B. les éléments d’information nécessaires pour parler le même langage sur le sujet et parler d’une réalité alimentée par la recherche. Trop de choses ont été mises en cause depuis 20 ans pour qu’il soit acceptable de laisser survivre un discours obsolète.
Rencontrer des partenaires (Comité Régional du Tourisme (C.R.T.), Comité Départemental du Tourisme (C.D.T.), Office du Tourisme de pays (O.T.) …), commencer la rédaction d’un tronc commun sur les notions à vulgariser, bases de données de cartes, de plans, d’images en circuit ouvert…, voilà ce qu’il est nécessaire de faire.

• Le Réseau des villes actuellement en chantier doit pouvoir exprimer les raisons de ces regroupements selon une politique commune et assurée. Leur refus de la banalisation en tout genre mérite d’être expliqué à partir de leur propre démarche. On ne peut plus accepter que l’histoire soit racontée au mépris des réalités, car le phénomène des bastides n’est pas un problème local, départemental ou régional. Nos amis étrangers, d’ailleurs, se plaignent du peu d’efforts que font les Français pour raconter leur Histoire. Nous devons donner de l’image des bastides le sens qu’elle exprime, la volonté, l’innovation, la régularité, la clarté. À nous d’en partager la diffusion avec les partenaires en manque.

• Il ne sera pas inutile de s’occuper tout particulièrement des documents nécessaires à l’éveil et à la sensibilisation des enfants scolarisés en primaire et en secondaire. Le lancement d’une collection d’ouvrages simples s’appuyant sur une nouvelle approche de l’histoire et de la réalité des bastides doit être envisagé, voir Centre Régional de Documentation Pédagogique (C.R.D.P.), Centre Départemental de Documentation Pédagogique (C.D.D.P.), Bibliothèques municipales…

infobastide n°71 infobastide n°75 patrimoine bastide eymet patrimoine bastide Sauveterre de Guyenne

LA RUELLE

CONSTATS

Troisième composante du système d’irrigation de la Bastide, la RUELLE. Elle impose sa fonction piétonne du fait même de sa largeur, variant autour de 2 mètres. La ruelle recoupe souvent les îlots, desservis sur les 4 côtés, parfois trop larges pour en faire commodément le tour. Son rôle est aussi d’aérer la masse de l’îlot et de le rendre accessible plus aisément. C’est sur les ruelles que peuvent s’ouvrir des parcelles en déshérence ou en ruines, récupérées par la collectivité. C ’es t aussi un lieu de rencontre, de voisinage et d’échange. Pourvu que ces espaces de sociabilité ne soient pas « occupés » par la voiture, l’esprit de la bastide est sauvé.

Car la RUELLE est publique. Bien des accommodements ont été pris par les particuliers aidés par les tribunaux, pour s’approprier ces espaces de fond de parcelles. Il ne faut pas oublier que depuis l’origine, l’espace de circulation et de desserte d’une bastide a toujours été PUBLIC, sans qu’il soit nécessaire de présenter un acte de propriété. C’est au particulier de faire la preuve d’un échange ou d’un achat auprès de la puissance publique. La prescription empêche de punir la malveillance de certains au détriment de la propriété communale. Le sens civique et le compromis sont, avec le bulldozer, les alternatives incontournables pour restituer à la bastide son PLAN qui devrait rester inaliénable.

bastide de Monpazier, les ruelles
Monpazier
bastide de Masseube, les ruelles
Masseube

ORIENTATIONS

• Après la place, les couverts, la halle et la rue, la RUELLE fait partie du système viaire si caractéristique des bastides. Sa définition de desserte piétonne et d’aération du tissu urbain dicte donc les modalités de fonction et de traitement à prendre en compte. C’est un lieu public et il sera nécessaire de restituer à ce domaine les accaparements effectués au cours des temps à l’abri d’une jurisprudence mal informée des statuts imposés par l’histoire. Les exemples ne manquent pas d’actions menées par des élus porteurs d’un projet pour la collectivité (cf. MONFLANQUIN (Lot-et-Garonne) entre autres).

• Il ne paraît pas utile d’encombrer le sous-sol des ruelles avec des réseaux quelconques. Le revêtement des sols en sera simplifié quant à la nature des matériaux et à leur entretien. La présence de parcelles débarrassées de leurs ruines ne justifiera sûrement pas de les utiliser en aire de stationnement. Leur aménagement comme excroissance de la voie sera affecté au repos et au jeu pour les petits (mobilier à prévoir).

bastide de Bretenoux, les ruelles
Bretenoux
bastide de Beaumont-du-Périgord, les ruelles
Beaumont-du-Périgord

L’ÎLOT D’HABITATION

CONSTATS

La morphologie des bastides met en évidence la structure de leur système viaire à vocation géométrique avec, en corollaire, l’organisation spatiale du parcellaire régulier. Les voies définissent les ÎLOTS conditionnés par la division en parcelles, commandant l’implantation des constructions. Celles-ci interviennent dans le temps, dans les vides, au fur et à mesure de l’occupation de la bastide.

AINSI SE PRÉSENTENT AUJOURD’HUI CES BASTIDES avec l’évolution du parcellaire pendant sept siècles, avec une architecture de toutes les époques, rendant compte des vicissitudes de leur histoire, de leur réussite aux différents moments des variations économiques connues, de leur décrépitude ou de leur renaissance.

Nous devons constater que les îlots d’habitation des bastides se présentent selon certains critères architecturaux dépendant de leur position dans le plan général. Les emplacements autour de la place, aux accès principaux, ainsi que le long des voies fréquentées, sont réputés « à valeur ajoutée » car ils sont les meilleurs emplacements pour l’exercice d’un commerce quel qu’il soit. Cela entraîne évidemment l’élévation sociale, grâce aux revenus tirés de ce commerce et la nécessité de l’exprimer dans la construction de la parcelle par une architecture de qualité. Ainsi se hiérarchise au fil du temps la valeur des biens représentatifs de l’activité des lieux. Ainsi peut-on suivre aussi l’évolution des quartiers abritant les commerçants enrichis, les professions libérales, les intermédiaires ou les parvenus.

L’îlot d’habitation participe, selon son emplacement dans le plan, de la densité bâtie comme de la densité de population abritée dans les constructions. Son état apparent est variable selon la vitalité de son commerce et de ses activités. Un îlot en périphérie souffre d’un manque d’entretien dû à la proportion de résidents qui l’occupent, de leur âge, de leur revenu, de leur activité. Ce n’est pas le cas, en général des îlots du centre, autour de la place ou de certains équipements, sur le tour de ville, lorsque celui-ci est fréquenté.

La majorité des bastides souffrent d’un manque de vitalité entraînant le départ ou le non renouvellement de la population résidante. Depuis de nombreuses années, des efforts ont été consentis par l’État, les collectivités de tous ordres et les Établissements Publics concernés, dans le domaine de la réhabilitation. Force est de constater que cela n’a pas permis de reprendre le terrain perdu, si tant est que cela ait servi à arrêter l’hémorragie.

Les bastides sont coincées entre une politique urbaine et une politique rurale qui proposent des règles contradictoires selon la démographie de chacune. Il est temps de prendre en considération les constats et les études menées depuis de nombreuses années sur le sujet afin de redonner vie à des structures d’accueil aptes à répondre aux nouveaux défis du reflux des citoyens, en manque de calme et de soleil sur les départements du Sud et du Sud-Ouest. Cela ne peut pas se faire selon des critères étrangers aux objectifs retenus, à savoir la revitalisation du patrimoine des bastides à partir d’un développement durable.

bastide de Monflanquin, ilot d'habitation
Monflanquin
bastide de Sainte-Foy-la-Grande, ilot d'habitation
Sainte-Foy-la-Grande

ORIENTATIONS

• C’est le sujet fondamental de l’ÉTUDE URBAINE qu’il convient de mener sur chaque bastide. Si la Place est le coeur de la bastide, L’ÎLOT D’HABITATION en est la chair. Aussi son état de santé mérite beaucoup d’attention et de soins. Mené en concertation, ce constat de l’existant fera l’objet d’une enquête sur place permettant d’avoir une vue générale de l’état, de la valeur, de l’appartenance et de la fonction des lieux. Il sera constitué d’un dossier comprenant les éléments principaux suivants : - analyse des cadastres des XIXe et XXe siècles avec mise à jour ; - périmètre historique ; - état apparent des immeubles (bon, moyen, mauvais); - matériaux de façade et de couverture ; - qualité architecturale (inventaire des immeubles et des détails caractéristiques) ; - occupation des lieux et fonction (habité ou non, commerce, service, dépôt, annexe,…) ; - propriétaires, locataires, résidence principale et secondaire ; - voirie, réseaux ; - commune (éléments de patrimoine sur le territoire communal).

• Le dossier ainsi constitué fera l’objet d’une exposition publique des plans et de séances de travail concerté. Les objectifs retenus à la suite des réflexions communes permettront d’ajuster les études précédemment engagées et de gérer au fur et à mesure les mises à jour des informations recueillies.

• Une priorité sera donnée aux agglomérations retenues dans l’Inventaire établi dans le cadre du projet Interreg, afin de constituer ensuite une base de données commune utilisable pour la programmation des opérations décidées.

• Chaque catégorie d’agglomérations instituée à partir de leur démographie constituera un territoire de recherche et de proposition permettant de mettre en commun l’expérience, le constat et la démarche de chacun pour trouver les moyens d’une action concertée. Ceci se développera hors du champ traditionnel du département, sans pour autant supprimer les responsabilités existantes. Il s’agit de l’extension des groupes de travail afin de respecter le caractère global des bastides et de leurs problèmes.

• Il se dégagera des analyses de l’ÉTUDE URBAINE une politique permettant de répondre aux problèmes retenus, pour leur urgence ou leur évidence, par des moyens regroupés significatifs de l’importance retrouvée de ces agglomérations représentatives d’un modèle urbain commun à l’EUROPE.

bastide de Villefranche-de-Rouergue, ilot d'habitation
Villefranche-de-Rouergue
bastide de Sauveterre-de-Rouergue, ilot d'habitation
Sauveterre-de-Rouergue

L’ARTISANAT

CONSTATS

En règle générale, le développement économique et l’activité d’une cité ne peuvent se passer du travail des ARTISANS. Depuis toujours la connaissance, le savoir-faire, le « métier », se sont développés à travers les mains de l’homme dans toutes les activités qui se ont évoluées au cours des âges. Les besoins de l’homme ont toujours trouvé des savoirs adaptés à les satisfaire. Dans l’habitat dispersé, tout d’abord, les besoins les plus simples ont nécessité les échanges d’expérience adaptés à une vie sédentaire.
L’apparition de l’habitat aggloméré a décuplé les besoins nouveaux auxquels l’organisation du commerce et des échanges de toutes sortes a répondu petit à petit, permettant un enrichissement général dont les mieux placés ont naturellement bénéficié en premier. La ville, le bourg, le village ont été le creuset du développement d’un artisanat omniprésent jusqu’à ce que vienne le temps d’une réorganisation de l’offre et de la demande, entraînant une relative démesure dans des objectifs de production de masse.
C’est ainsi que, toutes proportions gardées, les villes sont devenues des mégapoles et les villages des déserts.
Cependant la place de l’artisan, même menacée, reste indispensable et le défi, aujourd’hui, consiste à faire cohabiter, pour le meilleur, la création et la production. Les bouchers, charcutiers, épiciers, crémiers, quincailliers, cordonniers, apothicaires, coiffeurs et bien d’autres côtoient les menuisiers, serruriers, maçons, charpentiers, plombiers ou autres corps d’état du bâtiment, tandis que les débits de boisson, les auberges et les hôtels attendent le client, devenu toujours plus aventurier dans son travail ou ses loisirs. Les BASTIDES ont été fondées pour que s’organise au mieux la répartition des lieux de travail et de vente permettant de faciliter cette création de richesses espérée par tous les initiateurs de ces créations urbaines qui nous préoccupent. C’est pourquoi nous devons restaurer cet équilibre en redonnant sa place à l’artisanat répondant aux besoins permanents des habitants, sans oublier l’artisanat d’art qui apporte un supplément d’attractivité pour ceux de l’extérieur qui passent et peuvent revenir, comme témoin d’un renouveau.
Le premier constat tient dans la découverte de la difficulté d’installation de ces services dans les bastides et la désertification qui en découle.

bastide de Sauveterre-de-Rouergue, l'artisanat
Sauveterre-de-Rouergue

ORIENTATIONS

Si les bastides ont été fondées pour une activité commerciale et artisanale, aujourd’hui notre société fonctionne autrement. On constate un certain malaise et d’autres aspirations émergent dont il faut tenir compte pour attirer et fixer une population en recherche. Le mouvement de balancier des migrations d’un milieu vers un autre, en quête de travail ou d’un retour au calme, semble ne plus être aussi massif dans le sens campagne/ville. Un retour aux espaces naturels et un refus du stress de la VILLE se manifestent plus fortement qu’il y a peu. C’est probablement une chance pour les villes du Sud-ouest et plus particulièrement pour ces villes neuves médiévales qui nous préoccupent.

• En face du renforcement des structures commerciales qui voudraient tout fournir aux besoins de l’homme, à elles seules, il y a la place pour une vie réappropriée à travers le contact humain ET le savoir-faire. Il faut vraiment s’investir dans l’aménagement au centre des bourgs et des villages pour accueillir et retenir ceux qui ont la volonté de travailler, de développer et de partager un savoir-faire au service d’une collectivité volontaire et attentive. Comment s’affranchir des contraintes de cette course d’obstacles déprimante que l’on rencontre aujourd’hui dans ces tentatives d’action de revitalisation.

La réalité du RÉSEAU en construction, regroupant les bastides doit permettre de recenser les possibilités existantes dans l’immobilier et les avantages consentis par les collectivités locales. Il faut organiser le marché de l’artisanat en renforçant les moyens des services professionnels d’aide aux artisans et en créant les passerelles indispensables pour débloquer une situation anarchique.

• Les Artisans d’Art offrent une organisation départementalisée qui permettrait de traiter ce problème de la CRÉATION artisanale, si le C.E.B. porté par les associations de bastides unanimes, établissait les relations nécessaires à la gestion de l’accueil en bastide. Quelques bastides ont déjà entrepris l’effort d’installer des cellules créatives avec succès : VIANNE et MONFLANQUIN (Lot-et-Garonne), SAUVETERRE-DE-ROUERGUE (Aveyron), LA BASTIDE-CLAIRENCE (Pyrénées-Atlantiques).
D’autres sont prêtes à en faire autant : NAVARRENX (Pyrénées-Atlantiques), MONPAZIER (Dordogne), BRETENOUX (Lot)…

bastide de Montcabrier, l'artisanat
Montcabrier

L’INDUSTRIE

CONSTATS

Lorsque le temps fut venu de l’ère industrielle, la France, rurale à 80 %, prit son temps pour répondre aux marchés qui se mettaient en place. Un peu partout, à l’initiative individuelle, au hasard des opportunités foncières, des constructions s’élevèrent, dédiées à la production ou à la transformation de produits destinés au commerce à forte demande. Les grandes concentrations industrielles épargnèrent les régions du Sud-Ouest de la France, en dehors des métropoles évidemment.

Aujourd’hui, les conditions de l’offre et de la demande sont différentes et le danger est grand de voir perdurer l’anarchie qui s’est installée dans les tractations obligatoires pour aménager des zones d’activités, des zones commerciales ou même des zones industrielles, voire des zones de loisirs. La consommation d’espace ne prenait plus en compte, récemment encore, les équilibres naturels nécessaires au développement harmonieux de nos agglomérations, de quelque taille qu’elles soient. Les centres historiques de beaucoup trop de nos bastides sont devenus difficilement repérables au milieu de l’accumulation des constructions utilitaires, désorganisant la lecture des structures urbaines que, par ailleurs, il paraît indispensable de mettre en valeur.

Si un certain nombre de réussites peuvent être constatées dans la mise en place des fonctions dues à l’aménagement des bastides dans le temps et dans un site approprié (cf. le développement des activités industrielles (et leur corollaire les logements) de part et d’autre de la bastide de VIANNE dans la vallée de la Baïse) combien d’initiatives aventureuses ou de solutions non réfléchies encombrent l’environnement immédiat d’agglomérations d’une qualité de vie oubliée. Il est temps de poser les préalables indispensables à toute décision irréversible.

La taille des agglomérations ainsi que leur démographie sont déjà responsables de l’indifférence manifestée au cadre de vie des populations concernées. Depuis de nombreuses générations les pollutions successives de l’aménagement périurbain ont rendu le problème des abords de nos bourgs et de nos villages particulièrement ardu. Il faut analyser chaque cas particulier pour répondre avec mesure au défi qu’il s’avère urgent de relever.

À partir des analyses entreprises sur la démographie en bastide, on peut estimer indispensable de réfléchir aux retombées positives ou négatives des installations à prévoir pour un développement industriel souhaité. Le nombre de bastides susceptibles de pouvoir répondre aux demandes de réalisations industrielles n’est pas négligeable. L’attractivité représentée par les bourgs à la campagne est un atout que présentent les bastides. L’image de marque d’un environnement culturel, les équipements très souvent présents, plaident en faveur du réseau des bastides qui se constitue.
L’analyse de l’existant met en évidence le manque total de réflexion quant aux nuisances causées par les implantations effectuées depuis 1960 environ. Certaines zones ont été rattrapées par l’urbanisation des espaces agricoles sans qu’il soit procédé à une quelconque remise en cause des choix politiques de développement. Les choses étant ce qu’elles sont, l’importance que représente, d’une part, le développement économique, et, d’autre part, l’impact culturel mais également économique du patrimoine, nécessite donc une réflexion approfondie dans chaque bastide pour concilier, autant que cela est possible, un éventuel équipement industriel avec la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine architectural, urbain et paysager.

bastide de Sauveterre-de-Guyenne, l'industrie
Sauveterre-de-Guyenne

ORIENTATIONS

La réflexion à conduire sur ce thème, en amont de toute décision, devra prendre deux directions complémentaires :

• La première concerne les implantations nouvelles, notamment dans les bourgs ruraux que sont les agglomérations entre 2 000 et 5 000 habitants, non encore touchés par ce problème. Il conviendra de veiller à l’intégration, dans le paysage rural constituant le cadre de la bastide, des volumes, de leurs couleurs, mais aussi des dessertes, de la signalétique, des parkings… Les terrains non occupés à ce jour pourront être réservés dans le cadre de la procédure Plan Local d’Urbanisme (P.L.U.), avec une autre approche que la vision uniquement planimétrique de l’évènement. Il est urgent d’inculquer les principes de reconnaissance d’un patrimoine utile à la pérennité de l’IMAGE de la bastide, permettant la prise en charge du développement durable de l’agglomération dans son site et dans son intégrité. Les constructions industrielles ne sont pas condamnées à rester inintégrables et mal aimées des habitants.
La simplicité des volumes est une exigence et l’organisation du quartier retenu est un impératif à inscrire dans une Charte de Qualité « appliquée «.

• La seconde direction de la réflexion à engager concerne la REPRISE des ensembles déjà aménagés. Le paysagement a posteriori est une obligation peu coûteuse, incontournable dans l’optique d’une mise en valeur globale de la Bastide. Le choix judicieux des périmètres à planter et de la nature des plantations est conditionné par la durée du développement naturel des espèces retenues. Cela peut conduire les responsables à envisager de préparer les zones à planter à travers une AGENCE VERTE, partenaire des services organisant les besoins industriels à une échelle appropriée. La végétalisation des petites zones industrielles ne peut se conduire qu’en partenariat avec les industriels eux-mêmes dans le cadre de conventions à définir.

• L’extension des zones d’activité existantes ressort des mêmes analyses et des mêmes dispositions, une fois l’étude d’impact nécessaire décidée et acceptée. Elle conduit à reconnaître les dysfonctionnements préjudiciables à ce nouvel équilibre recherché et propose, en amont des réalisations, la mise en place d’écrans végétaux reconstituant des espaces de transition, seuls capables d’assurer une nouvelle vision de la bastide et de son développement économique.

C’est au prix de telles démarches que pourront se concilier la vie quotidienne de la population résidente, qui se fait rare, et la création d’emplois qu’il faut capter.

On peut prendre en compte un certain nombre de bastides susceptibles de présenter les critères nécessaires à une étude de faisabilité. En Midi-Pyrénées 43 bastides sont déjà industrielles, et 16 en Aquitaine. Cela représente près de 60 unités-bastides potentiellement industrialisables sous les conditions analysées plus haut. Selon le recensement de 1999, cela représente une population de 260 000 habitants.

bastide de Villefranche-de-Rouergue, l'industrie
Villefranche-de-Rouergue

LES JARDINS

CONSTATS

Aucune bastide n’a été conçue sans prévoir, pour chaque occupant, UN LOT pour habiter, avec MAISON et JARDIN attenant, avec le plus souvent, à l’extérieur, un lot à cultiver pour la subsistance de sa famille. On peut imaginer que les premiers habitants ont eu le soin d’entretenir leur jardin, avant d’avoir les moyens de construire en dur la maison à laquelle ils avaient droit. La réussite de la bastide s’est souvent concrétisée par l’extension des habitations intra muros, aux dépens des espaces vides et cultivés.
Leur nécessité s’est trouvée moins pressante au fur et à mesure de la sédentarisation des populations et de leur élévation sociale due aux échanges fructueux et à l’implantation toujours plus nombreuse, parce que nécessaire, d’artisans, de commerçants, de services et de fonctionnaires, devenus demandeurs de demeures mieux adaptées à leurs besoins.

L’évolution du parcellaire s’est faite au détriment des espaces consacrés aux biens de subsistance, ces jardins particulièrement nécessaires à l’origine pour les premiers habitants. Les uns ont agrandi les terrains en rachetant pour augmenter la surface habitable, en largeur autant qu’en hauteur ; les autres ont bâti ce qui leur manquait pour exercer leurs activités devenues confinées.

Ainsi voit-on aujourd’hui le résultat d’une densité bâtie, en hauteur ou en surface, contribuant à l’apparition de nuisances, dues à l’absence de soleil autant qu’à l’accumulation de l’humidité, dans ces bastides, fort peuplées au XIXe siècle et quelque peu désertées de nos jours. Or les espaces de respiration sont nécessaires et jamais les bastides n’ont été programmées pour devenir des taudis ou des ruines.
L’entretien d’un jardin, au détour d’un coin de rue, au hasard d’une ruelle, est bien la marque d’un plaisir de vivre qu’il faut retrouver dans le cadre de cette ÉTUDE URBAINE indispensable, pour ne rien oublier.

bastide de Mazeres, les jardins
Mazères

ORIENTATIONS

• Le parcellaire de chaque bastide comportait une partie bâtie et une partie à cultiver. Celle-ci a partiellement disparu dans les bastides à forte extension au XIXe siècle, et, pour les autres, n’a pas suscité beaucoup d’imagination dans leur aménagement et leur entretien. C’est un programme d’encouragement encadré qu’il faut mettre en oeuvre pour redonner un caractère adapté aux exigences d’aujourd’hui dans le domaine de l’aménagement urbain.
Les extensions des habitations sur rue ont grignoté le terrain au détriment des espaces nécessaires à la jouissance des logements. Une action de réflexion sur la dépréciation de la parcelle primitive (quelle que soit l’évolution de ladite parcelle par vente ou acquisition) doit permettre de procéder à des démolitions partielles d’annexes devenues inutiles et insalubres. Les espaces dégagés seront traités selon des schémas établis, simples et intimes, d’aménagements végétalisés. Il s’agit d’une reconquête des espaces vitaux de la bastide.

• L’existence de serres municipales servira de point de départ d’un possible coopération sur le plan de la connaissance des essences et des variétés locales ainsi qu’éventuellement à l’approche commune des problèmes de paysages, naturels aussi bien qu’urbains. La notion de village fleuri prendra une autre signification ainsi qu’une autre dimension.

bastide de Cologne, les jardins
Cologne

L’EAU

CONSTATS

Le problème de l’eau se pose parce que l’eau fait partie du paysage. L’eau justifiait l’implantation de l’agglomération nouvelle (au Moyen Âge). Les péages étaient source de revenus ; le passage de l’eau, à gué ou par le pont, justifiait que l’on y implante un lieu d’échange à peu près sûr de se développer.

Aussi l’EAU fait partie intégrante de l’environnement des villes fondées auprès d’une rivière ou sur la rivière. C’est le SITE dans lequel s’installe l’agglomération. Au fil du temps, la relation à l’eau s’est confirmée ou non. De nos jours, il semble naturel, pour ne pas dire indispensable, de donner leur vraie dimension aux bastides de rivière. L’eau rassemble, elle ne peut pas continuer à séparer, comme il arrive trop souvent ; il faut réinventer les liens entre les deux rives, quand ils ont disparus ou simplement reconquérir l’approche de la rivière, destinée autrefois à protéger et dont il faut profiter maintenant, AUTREMENT.

bastide de Cologne, l'eau
Cologne
bastide de Bretenoux, les jardins
Bretenoux
bastide de plaisance, les jardins
Plaisance-du-Gers
bastide de mazeres, les jardins
Mazères

ORIENTATIONS

• L’eau fait partie des raisons évoquées au moment de la fondation des bastides pour donner le maximum de chance à la nouvelle agglomération. L’eau en tant que ressource nécessaire pour la vie, bien évidemment, mais aussi, et cela nous concerne de plus près, l’eau comme participant, tout d’abord à la défense des lieux habités, et puis aussi et surtout à la richesse de l’agglomération. Les ruisseaux, les rivières et les fleuves ont participé au développement des fondations de villes neuves à toutes les époques et sur tous les territoires.
Aujourd’hui, selon le développement des bastides considérées, la construction efface la plupart des petits ruisseaux qui ont marqué le territoire des bastides. Les rivières, par contre, continuent à jouer un rôle, parfois à contre-emploi. Il faut encourager les uns et convaincre les autres dans cette réappropriation, par l’eau doit rapprocher les quartiers et offrir de nouveaux loisirs. Certaines réalisations ont été engagées, d’autres, plus nombreuses, devraient l’être.

• La mise en place d’une réflexion commune entre les responsables élus des « BASTIDES DE RIVIÈRE » devra permettre de rassembler de quoi nourrir un dossier programme destiné à répondre aux besoins recensés et à laisser place à l’imagination nécessaire. C’est à un double défi qu’il faut répondre : rendre à la population locale l’autre rive qui séparait les uns des autres, donner à la rivière la place qu’elle occupe réellement c’est-à-dire au centre de la bastide, lui donner les moyens d’exister et de plaire, ou alors, pour d’autres bastides au bord d’une rivière, installer les abords de l’eau pour la promenade, le rêve ou la détente et permettre l’approche sensible de la rive.

• Le traitement des espaces aquifères doit permettre aussi à une autre population de trouver une raison supplémentaire de séjourner : il s’agit des touristes et des loisirs plus élaborés que procure la fréquentation de l’eau. La mise au point de ce programme inscrit dans la logique et dans les conclusions des ÉTUDES URBAINES.

bastide de nay, l'eau
Nay
bastide de rabastens, l'eau
Rabastens
Lisle-sur-Tarn, l'eau
Lisle-sur-Tarn

LE PAYSAGE

CONSTATS

Toutes les bastides ont un rapport au PAYSAGE dans lequel elles sont inscrites depuis leur fondation.
Elles subissent ou elles dominent selon leur situation. En simplifiant par principe, on peut distinguer trois types d’implantation de ces bastides-villes neuves médiévales : en HAUTEUR, en PLAINE (ou en PLATEAU), en bord de RIVIÈRE (ou sur une rivière). Il n’y a pas de classement chronologique dans cette analyse, car on constate que l’implantation en hauteur se retrouve dans les formations d’habitat groupé, dès l’origine, pour des raisons qui ont évoluées au fur et à mesure, que ce soit à propos des bourgs ecclésiaux ou des bourgs castraux. De toutes façons, l’habitat groupé, du fait de son organisation morphologique s’empare d’un lieu quelconque pour l’aménager en fonction de ses besoins immédiats ou futurs. Dans le cas des fondations volontaires et programmées comme le sont les BASTIDES, l’espace nécessaire est largement compté.
Le SITE retenu pour établir le tracé de la future agglomération ne l’a pas été systématiquement pour des raisons géographiques ou stratégiques. Le fait de FONDER en PARÉAGE a souvent abouti à des choix faisant intervenir l’emplacement retenu pour des raisons d’opportunité foncière. Ceci dit, aujourd’hui, force est de constater que les bastides qui ont réussi dans leur développement économique présentent, pour la plupart, une appropriation des sols, pour l’environnement immédiat, fortement marquée et fragile, ainsi qu’une présence à la fois puissante et significative, INTÉGRÉE DANS LE PAYSAGE qu’elles interpellent pour signifier leur fonction. Ces lieux de peuplement centrés sur les échanges et la production de richesses ne pouvaient se trouver au hasard d’un chemin creux mais bien évidemment sur un lieu de passage déjà fréquenté ou à proximité de carrefours incontournables.
Jusqu’à présent il a été fort peu tenu compte de l’environnement rapproché ou lointain des bastides.
Seules, les bastides ayant fait l’objet d’une étude de Z.P.P.A.U.P. ont probablement approché le problème du paysage en définissant des cônes de vue ou des protections rapprochées. C’est l’importance que représente le PAYSAGE aujourd’hui dans la découverte des BASTIDES et leur étude qui justifie que l’on prenne position sur l’urgence que l’on ressent à préconiser la mise en oeuvre de cette procédure de protection. C’est saisir l’occasion de réfléchir avec les habitants sur leur avenir en leur donnant les clés de leur généalogie urbaine et des atouts cachés de leur cadre de vie.
Parmi les exemples de dossier de Z.P.P.A.U.P. partagé avec les habitants, on peut remarquer la découverte et la prise en compte assumée par les partenaires de l’importance des tracés hors agglomération du parcellaire initial. Cette appropriation de l’environnement immédiat de l’habitat est bien l’une des caractéristiques essentielles des BASTIDES : à SAUVETERRE-DE-ROUERGUE, à GRENADE-SUR-GARONNE, à SAINT-DENIS, dans l’Aude, à PLAISANCE-DU-GERS, à CARCASSONNE même, dans bien d’autres encore, la régularité du PLAN s’exprime jusque dans le parcellaire extérieur et les voies y attenant. C’est bien ce patrimoine qui disparaît au gré des installations d’activités nécessaires, sans que soient prises les précautions et menées les réflexions qu’une Z.P.P.A.U.P. aurait imposées naturellement. L’entretien des murs bordant ces parcelles le long des chemins est un souci qui grandit au fur et à mesure que l’on fait le tour des bastides en danger. Murs en pierre sèche ou murs bâtis, ce n’est pas autre chose que la trace qui doit rester indélébile de ce qui reste de plus original de l’implantation d’il y a sept siècles et quelque. Quant au véritable tableau dans lequel s’inscrivent ces agglomérations, il n’est que d’arriver la première fois au contact d’une de ces bastides pour admettre que leur fondateur avait besoin d’attirer ces populations indispensables à leur avenir. Les sénéchaux et les techniciens avaient une connaissance de la topographie, de la géologie, de l’organisation spatiale, dont nous prenons conscience au fur et à mesure qu’avance notre découverte des bastides. Il nous reste maintenant le soin de réparer les dégâts que l’indifférence ou l’ignorance nous ont légués. La parole est aux pédagogues du paysage, à ceux qui feront comprendre et aimer l’impalpable harmonie des LIEUX.

La situation concernant la protection réelle des bastides, de leur plan, de leur architecture, de leur environnement et de leur PAYSAGE, n’est pas celle qui convient au statut privilégié de PATRIMOINE que nous cherchons à accoler au mot de BASTIDE-VILLE NEUVE MÉDIÉVALE.
En Aquitaine, l’exemple de MONPAZIER n’a pas fait école comme on aurait pu l’imaginer. Non loin en Dordogne, l’urgence touche les bastides accomplies comme EYMET, BEAUMONT-DUPÉRIGORD, VILLEFRANCHE-DU-PÉRIGORD.
En Gironde, de par leur caractère représentatif, il y a MONSÉGUR et SAUVETERRE-DE-GUYENNE, et puis CADILLAC, CRÉON, SAINTE-FOY-LAGRANDE et LIBOURNE.
Dans les Landes, il faut citer LABASTIDE-D’ARMAGNAC, et sur l’Adour, GRENADE et CAZÉRES.
En Lot-et-Garonne, citons, MONFLANQUIN, sur son «pech», VILLENEUVE sur le Lot, et, sur le Dropt VILLERÉAL et CASTILLONNÈS.
Enfin en Pyrénées- Atlantiques, LA BASTIDE-CLAIRENCE, NAVARRENX et NAY. Ceci en première approche.
En Midi-Pyrénées, la situation n’est pas meilleure. En Ariège, MIREPOIX et MAZÉRES offrent des sites exemplaires. En Aveyron, le travail est presque terminé, les 4 bastides ont leur Z.P.P.A.U.P.
En Haute-Garonne, il existe un choix important, GRENADE-SUR-GARONNE, REVEL, MONTESQIEU-VOLVESTRE, SAINT-SULPICE-SUR-LÈZE, BOULOGNE-SUR-GESSE, MONTRÉJEAU.
En Hautes-Pyrénées, les 3 bastides principales sont menacées, RABASTENS-DE-BIGORRE, TRIESUR-BAÏSE et TOURNAY.
Dans le Gers le travail commence, car beaucoup de sites sont à l’abandon, PLAISANCE, MARCIAC, MIRANDE, MONTRÉAL, LANNEPAX et JEGUN, sans parler de FLEURANCE, SAINT-CLAR, SOLOMIAC, COLOGNE et GIMONT.
Dans le Lot, BRETENOUX, CAZALS, CASTELFRANC présentent des sites à sauver avant que les lotissements ne s’imposent sans coup férir.
Dans le Tarn, LISLE-SUR-TARN, RÉALMONT et BRIATEXTE sont prioritaires évidemment.
Enfin en Tarn-et-Garonne, le choix est difficile entre BEAUMONT-DE-LOMAGNE, VALENCE-D’AGEN, NÈGREPELISSE, RÉALVILLE ou LA FRANÇAISE, car certaines agglomérations sont petites et hésitent.
La procédure de protection est connue, mais elle est longue et onéreuse, et les aides se font rares.
L’initiative revient aux riches et les bastides ne le sont guère. Cette procédure va-t-elle se réduire aux villes moyennes de plus de 20.000 habitants ?

ORIENTATIONS

L’importance du PAYSAGE, dans la fondation volontaire des Bastides, justifie que l’étude urbaine, nécessaire à la bonne compréhension de l’évolution de l’agglomération, prenne en compte toutes les composantes du SITE. La redécouverte des raisons géographiques de la fondation doit faciliter la remise en valeur du territoire et des points forts de l’environnement.

• Selon les problèmes du moment, dans les raisons politiques de la fondation ou, selon les caractéristiques des terres retenues, dans les paréages formés à l’origine de celle-ci, on distinguera les implantations
en HAUTEUR, en PLATEAU ou en PLAINE et sur une RIVIÈRE. Selon les cas, il conviendra de privilégier les vues sur la Bastide, autant que depuis la bastide. Il importera de retrouver des repères accentuant la situation, chaque fois unique, du positionnement de la création urbaine et de les préserver, en les mettant en valeur.

• Il y a une cohérence naturelle entre la volonté de création d’une ville dont on veut assurer le développement, le choix du plan qui va la structurer et le lieu que l’on choisit. La même cohérence exige, il faut le répéter, que l’étude de revitalisation de ces bourgs et villages se préoccupe du PAYSAGE.

• Les lignes fortes, les ruptures, les continuités, les vallons comme les vallées, tout ce qui rend particulier l’écrin où siège la VILLE, tout ce qui organise les éléments naturels en zones géographiques reconnaissables, marque de façon indélébile l’esprit du lieu, le « genius loci », dont il ne faut jamais nier la réalité. Il faut apprendre à lire et à comprendre LE PAYSAGE dans lequel on vit, on travaille ou on circule. Il faut comprendre son évolution, apprendre à lire l’économie rurale, évaluer ce qu’il faut réparer, accepter de faire les suppressions nécessaires, travailler à une véritable mise en valeur « partagée ».

Ici, bien évidemment, comme pour une bonne compréhension du plan, la nécessité d’une campagne de prises de vues aériennes s’impose. La structure paysagère doit être comprise et expliquée pour devenir une évidence partagée. La gestion des paysages dépend autant de la volonté des pouvoirs publics que de la bonne volonté des propriétaires privés. Seule une procédure de protection concertée permet d’exprimer clairement la première et de solliciter intelligemment la seconde. La Z.P.P.A.U.P. est une réponse aux problèmes des bastides.

bastide de Villereal, le paysage
Villereal
Bastide de montesquieu-volvetre, le paysage
Montesquieu-Volvestre
Bastide de Lisle-sur-Tarn, l'eau
Villefranche-de-Rouergue
bastide de Beaumont-du-Périgord, le paysage
Beaumont-du-Périgord
bastide de domme, le paysage
Domme
bastide de Grenade-sur-l'Adour, le paysage
Grenade-sur-l'Adour
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- Mise à jour de cette page le : 28/05/2010 -
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