Bastides de Gascogne toulousaine, une nouvelle étape de peuplement.

Mireille Mousnier

Cette région a également connu, de manière peut-être moins éclatante que d’autres, ce type d’habitat aggloméré au demeurant fort difficile à définir en tant que tel. Ville ou village, la réponse est complexe pour l’ouest de la Garonne proche de Toulouse. La liste s’est complétée grâce à des travaux récents. Le critère de l’urbanisme n’a pas été retenu, mais celui du peuplement.

Les 28 mentions de bastides correspondent à des agglomérations indiquées dans les chartes selon ce vocable, ou ayant un paréage avec le roi de France, signe certain de ce choix. Mais par ailleurs le seigneur de l’Isle-Jourdain ne parle-t-il pas de faire “ un castrum ou bastide “ ? Le mot employé ne semble pas correspondre à une réalité discriminante. Souvent un établissement ecclésiastique est à l’origine de la création quitte à ce qu’un partenaire laïc se présente plus tard avec force dans un nouvel accord. Les cisterciens ont joué, là aussi, un rôle de premier plan grâce à leur patrimoine foncier considérable. Toutes ne sont pas issues de paréages, mais parfois de la décision d’une abbaye seule. La période des créations va essentiellement de 1260 à 1323, avec une période privilégiée entre 1275 et 1285.




Les objectifs sont certes multiples, mais on peut exclure, ici, la délimitation progressive d’une frontière entre puissances, capétienne et anglaise. Deux peuvent être retenus avec une grande vraisemblance : les seigneurs veulent relancer, à nouveau, le regroupement des populations, qui sur ces terres a vu naître, sans succès éclatant, des sauvetés, puis des castra et à présent des bastides. Mais ce dernier temps n’arrête pas pour autant la lente progression des agglomérations fortifiées, toutes cherchant à attirer les nouveaux venus dans le même temps. Il n’y a pas successivité entre castra et bastide, mais antériorité des premiers. On peut remarquer aussi, à travers les chartes de coutumes, la volonté de créer des marchés et des foires éventuellement, de lancer des activités plus spéculatives, comme la vigne, le textile, donc de doter d’équipements économiques un espace peu organisé jusqu’alors.


plan de bastides an 1325

Les enjeux sont suffisamment importants pour que les promoteurs seigneuriaux possibles participent activement et essaient de contrôler les initiatives des uns ou des autres, parfois dans de complexes relations triangulaires. Mais les réalités sont-elles à la mesure des ambitions ? L’on voit grand, trop grand peut-être, par rapport aux possibilités de peuplement, les castra étant eux-mêmes peu populeux. Grenade en est un exemple manifeste, prévue pour installer 3000 familles. Les deux types d’habitat se sont-ils fait concurrence dans un milieu guère réceptif ? Il est difficile d’y répondre, mais ils ont surtout bien du mal à passer les crises démographiques et économiques des XIVe et XVe siècles, payant indifféremment, l’un et l’autre, un tribut au dépeuplement.




Parfois trop proches aussi les unes des autres, les bastides subissent aussi les effets d’une sélection par la proximité. Une agglomération en position centrale étouffe littéralement le développement de ses plus proches voisines. La région de Beaumont-de-Lomagne voit émerger 13 créations dans un rayon, étiré le long de la Gimone, d’une dizaine de kilomètres. La compétition est trop sévère et seule l’aînée triomphe, les autres demeurant de modestes villages.

L’urbanisation véritable reste finalement réduite, et les bastides, comme les castra, sont souvent des villages d’agriculteurs et éleveurs. Il faut cependant faire une place particulière aux fondations comtales ou royales manifestement plus soucieuses d’impératifs que l’on pourrait presque qualifier d’aménagement du territoire, profitant de nœuds de communication, octroyant des privilèges économiques mieux à même d’assurer le rayonnement de ces villes. Elles ont constitué l’armature d’un réseau de petites villes. Les bastides de Gascogne toulousaine n’ont sans doute pas une identité fortement individualisée mais forment une étape supplémentaire dans le processus de concentration de l’habitat échelonné sur le long terme.

info bastide n° 45 avril 2000


maillage urbain

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- Mise à jour de cette page : 15/02/2010 -
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