Introduction

Il n’est pas inutile de présenter ces Chapitres d’OUVERTURE sur les Pays d’Europe dont on sait qu’ils ont accueilli aux XII°, XIII°, XIV° siècles ces villes neuves qui nous passionnent tant, dans notre grand Sud Ouest. Si nous les appelons « bastides », il faut parler autrement ailleurs qu’en Pays d’Oc, car bastida n’a pas son équivalent ailleurs. Nous avons volontairement choisi d’ajouter le mot « ville neuve au substantif bastide dans le titre de notre Association, afin d’être bien sûrs d’avoir en commun ce patrimoine européen qui nous préoccupe. Notre projet, subventionné par l’Europe, a été une opportunité de faire participer nos collègues d’outre-Pyrénées à la recherche de ce phénomène dans chacune des Provinces qui ont bien voulu se lancer dans l’aventure. SI l’Espagne n’a pas réalisé l’analyse exhaustive de son histoire du peuplement de la péninsule, c’est un peu parce que de nombreuses entités politiques ont cohabité, tour à tour rivales ou rassemblées, situation qui perdure tout en s’estompant peu à peu. Notre travail en commun n’a pas été poussé à son terme pour une raison suffisante tenant à l’avancée relative de nos recherches nationales dans ce domaine du peuplement. Néanmoins la découverte sur place d’un très riche terreau de villes neuves a laissé apparaître de futures découvertes où la Régularité sera réellement prise en compte afin de participer à cette mise en valeur d’un patrimoine commun à travers un urbanisme raisonné et original en tant qu’aboutissement morphologique de tendances (constatées pendant quatre ans), tant en France qu’en Espagne et au Portugal. Nous présentons ce qui nous a paru particulièrement intéressant au travers de nos INVENTAIRES à la recherche de la REGULARITE dans cette première approche. Nous continuerons après la Cantabrie et le Pays Basque avec la Castille et ses prolongements pour aborder le Portugal et d’autres, bien sûr.





LES VILLES NEUVES MEDIEVALES DE LA REGION CANTABRIQUE

Miguel REMOLINA, Architecte

LAREDO
CASTRO URDIALES

Au nord de l’Espagne, dans la région cantabrique, on peut constater entre le XIIe et le XIVe siècle, un intéressant développement de fondation de villes neuves. On doit chercher leurs origines dans la politique des Rois de Castille, Léon et Navarre, de développer la côte, qui jusqu’à ce moment là était presque déserte, sans autres villes que celle d’Oviedo. L’histoire de ces royaumes était jusqu’alors conditionnée par la lutte contre les musulmans, dans ce que l’on a appelé la "Reconquista", ce qui conduisait au déplacement de la frontière vers le sud.

A partir du mariage, en 1170, du roi Alfonso VII de castille avec Leonor, fille de Leonor d’Aquitaine et d’Henri II d’Angleterre, l’intérêt augmente pour le roi de considérer la côte comme une possibilité de développement du commerce avec l’Aquitaine et l’Angleterre. Le royaume de Navarre, ennemi de Castille, empêchait la communication terrestre directe. C’est ainsi qu’ont été fondées les villes de CASTRO URDIALES (1167), SANTANDER (1187) et LAREDO (1200) où se sont créés des ports qui deviendront des lieux fondamentaux du commerce médiéval. Suivant cet exemple le Roi de Navarre fondera SAN SEBASTIAN en 1180. Peu après la Castille conquerra les territoires basques d’Alava, Byscaye et Guipùzcoa, condamnant l’accès de la Navarre à la mer ; dans le nouveau territoire le roi fondera FUENTERRABIA (1203) et GUETARIA (1208).

A ces fondations sur la côte suivra immédiatement la fondation de villes neuves sur les chemins d’accès aux ports, c’est ainsi que surgiront VALMASEDA (1199) et ORDUÑA en Byscaye.

La fondation de nouvelles villes supposait la concession d’un "Fuero", loi avec des privilèges pour les habitants faite avec la volonté de favoriser leur croissance. La plupart des fondations sont établies a-novo, placées dans la proximité d’établissements monastiques préexistants.

A partir de ces débuts, la fondation de villes s’effectue de façon régulière selon les territoires : seulement 4 fondations dans l’actuelle région de la Cantabrie (mais très précoces, entre 1167 et 1210), 21 en Byscaye, surtout au XIVe siècle (3 fondations jusqu’en 1250, 18 entre 1254 et 1376, la principale celle de BILBAO en 1300), 24 en Guipùzcoa, 27 en Asturies (la plupart entre 1270 et 1300, avec le roi Alphonse X). Dans la région voisine de la Galice, la situation est un peu différente, mais on peut aussi parler de près de 30 villes nouvelles.

LAREDO
CASTRO URDIALES
AGUILAR de CAMPOS

LA MORPHOLOGIE DES VILLES

La plupart de ces fondations possèdent une structure urbaine géométrique planifiée, avec des rues droites et des îlots réguliers. Nous pouvons faire une classification, grosso modo, en villes structurées en damier (SAN SEBASTIAN, VALMASEDA), villes structurées en peigne (BILBAO, VIVEIRO) et villes structurées en amende (VILLAVICLOSA, MONDRAGON).
Il faut signaler l’importance jouée par les conditions topographiques dans la configuration des villes, souvent placées en versant, fréquemment dans des vallées étroites à côté des fleuves, même en quelques cas sur les falaises dominant les ports ; dans ces cas la structure géométrique apparaît déformée, avec des rues en courbure et des îlots irréguliers. On peut vraiment associer une topographie plane aux morphologies les plus rigoureuses avec la perspective géométrique, ainsi VALMASEDA ou SAN SEBASTIAN.
Mais l’origine des ces morphologies reste un immense chantier pour la recherche ; sans doute est-il fondamental de considérer les expériences précédentes, principalement à travers le processus de fondation des villes du Chemin de Saint Jacques, de grande ampleur, dont les exemples les plus accomplis, PUENTE La Reina (1160) ou SANTO DOMINGO de la Calzada (XI-XIIe siècles), sont des créations très réussies et fort intéressantes. Ces précédents doivent être à l’origine des morphologies de prédominance linéaire comme celle de GUETARIA. Plus inconnu est le processus de fondation d’un important groupe de villes neuves sur la frontière entre les royaumes de Léon et de Castille, qui présentent une surprenante structure régulière, en parfait damier, où les églises et les places deviennent des éléments fondamentaux, ainsi à TORDEHUMOS (1182) ou à AGUILAR de Campos (1181). Sur l’influence dans ces villes de l’expérience française des bastides, il est difficile d’établir des liens, qui en tout état de cause seraient plus envisageables dans les fondations les plus tardives des provinces basques ; le contraste est frappant, en quelques aspects, comme l’absence presque totale de places dans la région cantabrique.
Eloignées de la perfection formelle des bastides françaises ou des villes nouvelles de l’Italie, ces villes de Cantabrie, présentent le singulier intérêt de leur précocité et de l’ampleur du phénomène : presque toutes les villes de la région sont dues à une initiative fondatrice médiévale, quelques-unes devenues d’importantes capitales comme SAN SEBASTIAN, La CORUNA et BILBAO, dont le noyau originel conserve parfaitement sa structure géométrique médiévale.
Si la recherche historique sur tous ces phénomènes a une ample tradition, trop limitée dans les perspectives régionales, la considération des morphologies urbaines est une question ouverte entre les chercheurs espagnols. L’apport des architectes sera sans doute fondamental pour éclairer les modèles formels d’origine et la signification du projet urbain, dans la perspective de la mise en valeur de ces villes.

info bastide n° 59 avril 2004



BILBAO
DONOSTIA
HONDARRIBIA
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- Mise à jour de cette page : 28/05/2010 -
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