Introduction

Le projet subventionné par les crédits européens INTERREG a permis le lancement d’une étude sur les villes neuves médiévales et la recherche de la régularité dans leur morphologie. A l’initiative du CEB, nos partenaires espagnols et portugais ont acceptés de continuer ou de mettre en place les équipes nécessaires à l’engagement contracté avec les Services Européens et Régionaux pour atteindre l’objectif annoncé : mettre en évidence les points communs, dans le sud ouest de l’Europe, de la création urbaine entre les XI° et XIV° siècles.
Au Portugal, ce problème avait été très peu étudié dans son ensemble et la découverte du champ de la recherche existant a permis d’établir les bases d’une nouvelle approche extrêmement fertile en résultats.
Le CEB s’est lancé dans une reconnaissance préalable à l’Inventaire du Portugal au même titre que de l’Espagne Ceci lui a permis d’accumuler un nombre considérable et significatif de photographies permettant d’éclairer ce phénomène de création urbaine propre au Portugal, de le comprendre et d’illustrer à travers des publications internes. Nous présentons, à l’appui d’articles ou de notes de nos partenaires, les plans et les photographies nous paraissant illustrer au mieux notre démarche et notre recherche.
















Villes neuves portugaises

Alexandra Paio

plan des bastides du portugal

La colonisation européenne des XIIIe et XIVe siècles est un acte rationnel pour urbaniser un territoire rural, à l’aide de règles d’implantation stratégique urbaine et d’un tracé régulier, géométrique, fonctionnel et hiérarchisé, celui qui s’adapte le mieux aux objectifs poursuivis, comme étant une conséquence directe de l’exercice du pouvoir du roi. Le contexte historique portugais coïncide essentiellement avec les règnes de Afonso III (1248-1279) et de D. Dinis (1279- 1325), et les villes nouvelles médiévales correspondent à une affirmation du pouvoir du roi et à la nécessité de consolider et unifier politiquement, administrativement et économiquement le territoire national. Les villes nouvelles surgissent, associées à la formation d’un réseau urbain, à la consolidation des frontières et au peuplement de terres nouvelles, récemment conquises sur les musulmans, ceci résultant de l’affirmation de la souveraineté des rois sur les espaces conquis. La Charte des Franchises, où étaient définis les privilèges, les droits et devoirs des habitants des villes nouvelles, fut un instrument que les divers agents de l’urbanisation utilisèrent pour atteindre le but fixé.

Le processus de colonisation/urbanisation est ainsi un processus organisateur du territoire portugais, un mouvement de conception stratégique, de fondation/implantation urbaine de villes neuves médiévales , avec des caractéristiques bien claires, qui permet de classifier un nouvel agglomérat selon une relation entre la localisation du noyau et sa raison d’être. Les villes portugaises se distinguent par les critères de choix de leur localisation, et leur minutieuse adaptation au site, comme on peut le vérifier avec deux types fondamentaux d’implantation urbaine dans la région de l’Alentejo. Le premier type d’implantation urbaine, en Alentejo, est la conséquence de l’importance de la délimitation de la frontière, où les villes vont s’implanter sur des élévations dominantes, auprès de châteaux et de villages préurbains, que l’on prétend peupler, avec une fonction essentiellement stratégico-militaire pour occuper et défendre la frontière. De cette façon, les nouvelles villes urbaines s’associent à des châteaux qui, dans des temps antérieurs, avaient tendance à commander dans les circonstances à caractère militaire et administratif, transférant ce type de fonctions aux villes, comme par exemple : Montalvão (1300), Nisa (1290), Castelo de vide (1270), Alegrete (1319), Alter-Pedroso (1249), Arronches (1255), Ouguela (1279), Veiros (1308), Alandroal (1294), Redondo (1250), Terena (1262), Monforte (1256), Monsaraz (1276), Mourão (1271), Noudar (1295). Seulement ainsi, avec une ligne de défense avec des points équidistants, peuplés, urbains et fortifiés de murailles, on pouvait garantir une syntonie, une coordination efficace dans les moments de confrontation, et on offrait l’affermissement d’une ligne de frontière.

bastide de nisa, portugal
NISA
bastide de monsaraz, portugal
AGUIAR
VILLAVICIOSA


MONSARAZ

Dans le second cas d’implantation dans l’Alentejo, défricher de nouvelles terres, on rencontre de nouvelles villes qui furent fondées dans des zones essentiellement productives, dans des plaines fertiles, desservies par des voies de communication terrestres ou fluviales, importantes pour l’écoulement de la production. Ces villes nouvelles surgissent sur des terrains où l’on prétend promouvoir un peuplement rapide, et une exploitation effective de la terre. Exemple important d’une telle implantation urbaine : c’est le cas de l’axe Evora-Beja, sur lequel furent fondées diverses villes neuves sur des domaines donnés aux Ordres Militaires, Couvents, ou fonctionnaires royaux : Beringel (1251), -Frades do Mosteiro de Alcobaça)- , Alvito ( 1251-Chanceler-mor D. Estevão Anes), Vila Nova da Baronia(1278-Canceler-mor D. Estevão Anes, Alcaçovas (1258-Bispo de Évora , Martinho Pires), Viana do Alentejo (1269-D.Afonso III/D.Gil Martins), Aguiar (1269), Oriola (1282), Portel (1257) ; et Pavia (1278).

ALCACOVAS




bastide de pavia bastide de pavia bastide de pavia
bastide de pavia bastide de pavia bastide de pavia

Pavia



bastide de aguiar, portugal
bastide de estremoz bastide de estremoz bastide de estremoz
bastide de estremoz bastide de estremoz bastide de estremoz


Almodovar
bastide de almodovas bastide de almodovas bastide de almodovas
bastide de almodovas bastide de almodovas bastide de almodovas


bastide de villaviciosa bastide de villaviciosa bastide de villaviciosa
bastide de villaviciosa bastide de villaviciosa bastide de villaviciosa


Ce mouvement simultané de défrichement et de peuplement, regroupait et fixait les personnes sur le territoire.

Le processus de planification ne se limite pas seulement au choix d’une implantation urbaine, il inclut également des règles pour la composition du tracé des villes nouvelles. De l’analyse typo-morphologique développée, nous concluons que la rue joue un rôle de protagoniste urbanistique fondamental dans la composition du tracé urbain médiéval , c’est elle qui est à la base du tracé, elle est le seul élément structurant. Le second élément à la base de la composition du tracé médiéval, le lot urbain, de métrique égalitaire, définit et est défini par le nombre de colons à installer dans la nouvelle agglomération. L’élément de limite est la muraille, qui marque la différence entre ce qui est rural et ce qui est urbain, et la ligne avancée de défense. De l’interrelation entre l’implantation urbaine et les éléments de composition du tracé nous constatons qu’il est possible de définir des typologies. Une typologie dans laquelle les villes nouvelles vont implanter leur tracé géométrique auprès d’éléments préurbains stratégiques du territoire, comme un château, ou un petit peuplement, tels que les cas de Nisa, Terena et Monsaraz. Une autre typologie : des villes fondées dans des endroits déserts et qui vont naître de la promotion des défrichements. Dans ces derniers cas, dû à l’inexistence dans le lieu d’implantation de noyaux préexistants, la rue/axe qui structure les villes nouvelles est l’unique élément qui commande la structuration de la composition, comme nous pouvons l’observer à Pavia, Aguiar et Alcaçovas. Par des traits généraux nous pouvons définir ainsi les caractéristiques communes à toutes ces villes urbaines portugaises ; * le tracé des rues est défini par des axes rectilignes, fondamentaux dans les compositions urbaines ; * les rues s’établissent fondamentalement dans une direction ; *les rues principales alternent avec les rues secondaires de l’arrière, avec des fonctions et des dimensions distinctes ; *les rues (principales et secondaires) sont croisées par d’autres rues, qui les coupent perpendiculairement, des transversales où il n’existe pas de façades de lots ; *les lots vont de rue à rue, avec une des façades donnant sur une des rues principales- la façade urbaine où se construit la maison- et une autre façade sur la rue arrière vers l’endroit où se trouve le mur du terrain attenant ; *chaque bloc ou groupe de maisons est composé d’un certain nombre de lots, d’une même dimension et disposés parallèlement les uns aux autres. *ces blocs (manzanas en espagnol N.du Tr) sont de forme rectangulaire allongée, il n’existe pas de tracés en carrés ; *il existe un grand nombre de villes ceinturées de clôtures/murailles défensives ; *l’absence de places est probable dans les formes urbaines structurées. Cette régularité dénonce la planification sous-jacente à la fondation des villes neuves (ou à l’expansion d’agglomérations déjà existantes) et à l’existence d’une théorie ou d’un ensemble de procédés pratiques établis, qui étaient suivis et qui nous permettent de conclure qu’il existe un urbanisme médiéval planifié des fondations de villes neuves

info bastide n° 67 février 2007



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- Mise à jour de cette page : 13/07/2010 -
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