exemples de bastides

Bastide qu′es aco ?

Patrick Mac-Aleese

carte du sud ouest

Le mot BASTIDE ne laisse pas indifférent. L’image des bastides, est devenue mythique. Mais qu’en connaissons nous au juste ? Quelle réalité derrière le mythe ? Et s’il en est, quel héritage pouvons nous reprendre à notre compte ? La connaissance approfondie de ce patrimoine exceptionnel et son appropriation par les citoyens sont indispensables à sa pérennisation et sa mise en valeur dans une forme de développement qui nous en transmette les valeurs.

C’est au milieu du 19ème siècle que des historiens commencèrent à s’intéresser à ces cités du Sud-Ouest de la France. F. Verneilhs, dans les annales archéologiques de 1847 en a fait imprimer les premiers plans parmi les plus réguliers. En 1866, c’est L. Courajod qui dépose sa thèse de l’Ecole des Chartes sur "Les villes neuves en France du 11ème au 14ème siècle". Enfin, A. Curie Seimbres publie en 1880 l’ "Essai sur les villes fondées dans le Sud-Ouest de la France aux 13ème et 14ème siècles sous le nom générique de bastides".

vue aerienne de villefranche de rouergue

Au 20ème siècle, il faut attendre "L’Histoire de l’urbanisme. Antiquité, Moyen Âge" de P. Lavedan publié en 1926 pour aller au delà du plan à damier dans la définition d’une bastide. C’est le début d’une recherche plus approfondie de sa part, sans pour autant qu’il n’aille suffisamment loin dans la recherche des sources (1970, Bastides du Gers ; 1977, L’urbanisme au Moyen Âge).

A la même époque, C. Higounet lance de nombreuses analyses avec l’appui des étudiants de l’Université de Bordeaux III, mais ne parvient pas à aller jusqu’à une synthèse.


groupe de travail Centre etude des bastides

D’autres auteurs, dans les années 80 et 90, ont poursuivi les recherches sans pour autant différencier les bastides des bourgs ecclésiaux, monastiques ou castraux, argumentant sur les plans plus que sur les sources (G. Bernard, F. Divorne, Ph. Panerai, A. Lauret, G. Séraphin).

En 1983, le Centre d’Etude des Bastides a été fondé pour continuer et développer les recherches que l’architecte-urbaniste conseil de la bastide de Villefranche-de-Rouergue, menait depuis 1965.


Ces recherches plus particulièrement axées sur l’étude morphologique, étaient destinées à initier une politique de sensibilisation à la qualité urbaine de ces villes neuves médiévales et à trouver les orientations spécifiques de leur mise en valeur et de leur développement social, économique et culturel.



Pour s’ouvrir, au delà du cercle des spécialistes, le Centre d’Etude des Bastides quadrilla pendant 10 ans le terrain à la rencontre des élus et des habitants de presque toutes les bastides recensées à l’époque. Parallèlement, il se concentra sur l’étude des ouvrages existant à l’époque et constitua une considérable collection de cartes, de plans et de photographies concernant l’ensemble du territoire des bastides, soit 14 départements et 3 Régions.

plan de cordes
Cordes

Le C.E.B. se rapprocha de l’Université en signant une convention avec le Laboratoire FRAMESPA de l’Université de Toulouse II-Le Mirail, dont le directeur, Benoît Cursente, était adhérent de l’association depuis la première heure. Ainsi, petit à petit, grâce aux rencontres, aux entretiens, aux tables rondes et aux publications en partenariat, la recherche fit son entrée dans la démarche de l’association, renouvelant les bases même de la connaissance sur les bastides.

En accord avec FRAMESPA, le C.E.B. s’est inscrit dans une démarche européenne, à travers un projet financé par des fonds européens, sur les villes neuves du Sud-Ouest de l’Europe au Moyen-Âge. Ce projet fut l’occasion l’élargir de la connaissance du phénomène de peuplement à l’Europe et permit d’approfondir la recherche du phénomène en France.


Les enjeux

plan de puymirol
Puymirol

Grâce aux études historiques récentes, la définition de la notion de bastide établie depuis plus d’un siècle apparaît aujourd’hui réductrice et même en partie fausse.

Le contrat de paréage, les chartes de coutumes, les institutions municipales et les plans réguliers qui semblaient les identifier ne sont pas, en fait, des caractères propres aux bastides, mais empruntés à des formes d’agglomérations plus anciennes comme les sauvetés et les castelnaux.


La naissance des bastides

plans de bastides

C’est le Traité de Meaux-Paris (1229) qui est à l’origine de la création du mouvement des bastides. A l’issue de la croisade contre les Albigeois, il ordonna au Comte de Toulouse et à ses vassaux la destruction des murailles de leurs places-fortes, mais leur laissa la liberté de fonder des Villes Nouvelles non fortifiées. Sous la pression du développement économique et démographique, les fondations se multiplièrent en des lieux libérés des contraintes défensives. Cela permis l’ouverture de la cité sur son environnement et l’adoption d’un urbanisme raisonné.

Pour désigner cette réalité nouvelle dont les activités étaient tournées vers l’artisanat et le commerce et où ni le château, ni l’église ne dominait plus, il fallait trouver un mot.

Le mot "Bastida" qui désignait à l’origine une construction fortifiée prit au 13ème siècle le sens de "peuplement" et de "communauté", de territoire habité doté d’un statut.

"Telle est la bastide : un nouveau mode d’occupation et de gestion du sol, une réorganisation du peuplement, de nouvelles orientations économiques, une nouvelle forme de rapports sociaux entre dominants et dominés. S’y ajoute le besoin de plus en plus affirmé de créer des agglomérations afin de mettre tout cela en œuvre avec efficacité. C’est pourquoi l’urbanisme reste de nos jours le principal témoin visible d’un profond bouleversement de la société méridionale" (Mireille Mousnier).



© Centre d'Etude des Bastides 2010
- Mise à jour de cette page : 15/02/2010 -
Plan du site